Pourquoi parler de crise ?

Ce que nous voulons attaquer c’est le discours dominant qui explique que les causes de la crise actuelle sont à chercher dans le mauvais capitalisme financier. Nous pensons que la crise financière n’est qu’un symptôme d’une maladie plus profonde et qu’il s’agit en fait d’une crise du capitalisme lui-même. Ses conséquences seront certainement terribles mais ce sera peut-être aussi l’occasion de remettre en cause le capitalisme dans ses fondements mêmes.

De l’extrême droite à l’extrême gauche, on entend partout aujourd’hui un même discours: l’économie réelle serait saine, seule une finance ayant échappé à tout contrôle mettrait en danger l’économie mondiale.

Dans une version plus conspirationniste, la crise ne serait qu’un prétexte, une stratégie des capitalistes eux-mêmes qui seraient en réalité en parfaite santé. Car, en fait, ces gros menteurs ont un trésor bien caché qu’il faudrait trouver pour ensuite le redistribuer à tous les pauvres. C’est pourquoi de la gauche à la droite on propose de raboter les niches fiscales et de trouver l’argent caché pour le réinjecter dans les États.

Ce discours se décline de différentes manières selon qu’on désigne les traders comme seuls responsables ou qu’on dénonce la partialité des agences de notation, ce qui revient à accuser le thermomètre en cas de fièvre. Mais par-dessus tout, « c’est la faute à la finance et à l’endettement », ou comment confondre la maladie et le symptôme.

Or, il est impossible de séparer le bon capitalisme productif du mauvais capitalisme financier. Il n’existe pas d’un côté une économie qui produit des richesses et de l’autre une économie virtuelle, une finance parasitaire; il s’agit des deux faces d’une même réalité. Depuis le début de l’économie capitaliste, celle-ci ne peut fonctionner sans la finance, c’est-à-dire le crédit, les Bourses, la spéculation.

Les dirigeants de tous bords se foutent de nous quand ils réclament un encadrement rigoureux de la spéculation, car c’est tout le système qui, dans sa phase actuelle, a besoin de la spéculation et du crédit. Les causes les plus profondes de la crise actuelle ne sont à rechercher ni du côté de la spéculation, ni du côté de l’endettement. Les achoppements financiers récents : crise des subprimes, crise de la dette, krachs boursiers à répétition, rôle des agences de notation, menace de faillite des États…tout cela est avant tout l’expression d’une crise du capitalisme lui-même.

En effet, le capitalisme est confronté à une contradiction récurrente: d’un côté, il lui faut diminuer (ou en tout cas limiter) les salaires pour baisser les coûts de production et maintenir les profits. D’un autre, il faut que les consommateurs aient suffisamment de revenu pour acheter les marchandises produites.

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, dans les pays d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord et au Japon, l’expansion rapide de l’économie permettait de contenir et repousser les effets négatifs de cette contradiction. On augmentait les salaires, mais on augmentait plus encore la production. On rendait marchands de nombreux secteurs qui ne l’étaient pas auparavant, comme aujourd’hui on est en train de le faire avec l’éducation, la santé ou la sécurité. On fournissait à coûts plus bas (par l’effet de l’industrialisation et de la massification) une foule de produits plus nombreux, et qui faisaient vivre les prolétaires tout en maintenant les bénéfices. Pour développer la production de cette manière, il fallait que la consommation envahisse la société entière, avec tout ce que cela signifie: publicité, manipulation du désir, production d’une foule de saloperies destinées à satisfaire des besoins socialement créés.

Par ailleurs, ce qui s’appelait alors le tiers-monde était maintenu sous une domination coloniale ou post-coloniale qui permettait d’en exploiter les matières premières.

Tout cela a changé depuis la crise des années 1970 et la restructuration du capitalisme qu’elle a provoquée. Les délocalisations d’industries et de services ont alors permis de baisser le coût du travail au niveau mondial. La consommation a été soutenue par le développement du crédit, qu’il s’agisse de dépense publique (et de dette publique) ou privée. Mais ce système est lui-même à bout de souffle, comme le montre la crise qui a commencé en 2007. Le krach de 2008 n’a pu être rattrapé qu’au moyen d’une expansion massive de l’endettement étatique. Le montant de cette dette, désormais impossible à rembourser, est l’expression concrète de cette impasse. La crise de la dette publique en Europe et les perspectives de défaut de la Grèce, désormais bien réelles, en sont la preuve. Ce n’est pas la finance qui est la cause de la crise, la finance est au contraire ce qui a permis à la crise provoquée par la contradiction récurrente du capitalisme d’éclater aussi tard.

Celle-ci frappe actuellement les États sous la forme d’une crise budgétaire et de divers programmes d’austérité. Partout en Europe, on nous explique que nous vivons au-dessus de nos moyens, qu’il va falloir travailler plus et se serrer la ceinture. Face à cette situation beaucoup se retournent vers l’État comme ce qui permettrait d’imposer des limites aux « dérèglements du marché ».

« Avec plus d’État pour encadrer la finance, nous pourrons construire une économie plus sociale et plus prospère.» Mais le discours antilibéral se heurte à une évidence[1] : l’État n’est pas ce qui s’oppose à la sphère de l’économie, il est dans un rapport de totale interdépendance avec l’économie. La raison en est simple: il doit se servir de l’argent pour financer ses projets. Lorsque l’économie commence à ralentir, elle limite et étouffe son action. Avec la diminution de ses moyens financiers, l’Etat se réduit à la gestion toujours plus répressive de la pauvreté.

Concrètement aujourd’hui les États n’ont le choix qu’entre deux politiques : austérité draconienne ou création monétaire, c’est-à-dire recours à la planche à billets. La première mène à la récession violente, la seconde à l’explosion d’une inflation incontrôlable.

Le chômage s’accroît et la misère comme la barbarie risquent de se répandre de manière dramatique, peut-être entrecoupées par quelques phases de relance. Alors à quoi servent ces considérations désabusées? A quoi sert de marteler que la crise qui a commencé en 2008 risque bien de s’approfondir? Pourquoi s’en réjouir alors que nous risquons d’en subir les conséquences et d’être les premiers touchés? Et ce d’autant plus que le capitalisme a montré jusqu’à présent qu’il pouvait surmonter ses crises. Voire même qu’il était un système en état de « crise permanente ».

En fait, il n’y a pas de contradiction fondamentale entre le fait de dire qu’il y a bien approfondissement de la crise ces dernières années et que le capitalisme est d’une certaine façon une crise permanente : la crise peut être analysée à la fois comme un mode de fonctionnement ordinaire du capitalisme et comme une remise en cause potentielle de sa propre existence. Le capitalisme est ce jeu qui inclut sa contradiction dans sa propre règle, et qui donc pourrait tendre à son abolition, mais la réalité c’est que c’est à la lutte des classes, c’est à nous de le faire.

La crise actuelle pourrait bien sûr être résolue par des moyens déjà utilisés historiquement par ce système dans des contextes comparables: guerre(s), destruction massive des moyens de production et de la force de travail. Elle pourrait aussi durer longtemps dans un processus continu d’appauvrissement pour la plupart d’entre nous, secoué par des explosions sans issue, voire des conflits de tous contre tous (concurrence entre groupes, racisme…).

Mais on peut aussi penser que, pendant une crise grave prolongée, les automatismes sociaux, les habitudes, s’affaiblissent et disparaissent. Beaucoup de personnes pourraient remettre en question ce qu’elles considéraient auparavant comme naturel, inévitable. Et c’est bien pour cela que les crises sont potentiellement des moments de remise en cause du capitalisme.

Alors pourquoi cette analyse, qui est à peu près la seule à se trouver confirmée aujourd’hui par la crise récente, suscite-t-elle si peu d’attention? Pourquoi est-il si difficile d’admettre aujourd’hui que notre système est à bout de souffle? Avant tout parce que personne ne peut vraiment imaginer la fin du capitalisme. L’idée même suscite une peur panique. Tout le monde pense qu’il a trop peu d’argent, mais chacun se sent menacé. Or, c’est bien l’argent mais aussi la marchandise, le travail, la propriété et l’État, qu’il faut attaquer.

La disparition de cette société représente un tel bouleversement qu’on ne l’envisage pas nécessairement avec légèreté. Mais nous ne sommes pas condamnés à tenter de sauver l’économie qui chancelle et nous écrase. Nous pouvons contribuer à sa disparition. Pas pour le néant, mais pour un monde sans État et sans classes, un monde pour toutes et tous, sans exploitation ni domination.

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[1] Les antilibéraux rêvent de retourner à un Etat qui les protègerait du capitalisme alors même que la fonction de l’État est d’assurer son bon fonctionnement. Dans ces conditions leur politique aboutit simplement à des formes nouvelles de patriotisme économique, des mesures plus ou moins protectionnistes pour essayer d’empêcher les délocalisations, voire carrément au nationalisme.

Collectif de la Revue Internationale Sur la Crise – Paris

 
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Merde in France

Aujourd’hui, la France n’est pas touchée par la crise de la même façon que d’autres pays européens comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, etc. Cela ne veut pas dire qu’elle ne le sera pas mais, pour l’instant, les mesures d’austérité n’ont pas divisé les salaires par deux et les coupes budgétaires n’empêchent pas l’Etat de maintenir encore une certaine protection sociale (sécurité sociale, allocations familiales et de chômage, revenu minimum, aide au logement..) de la population.

Plusieurs pistes peuvent être avancées pour comprendre pourquoi la crise ne nous touche pas encore de plein fouet.

Rappelons tout d’abord que la France fait partie des dix premières puissances économiques mondiales.Qu’elle a été un des pays fondateurs de l’Union Européenne et de la zone Euro et qu’elle a largement bénéficié du Marché Commun Européen. Qu’elle fut également un empire colonial dont l’héritage lui profite encore aujourd’hui. En gros, elle a une place privilégiée sur l’échiquier économique mondial.

La France a profité de la croissance générale entre 1945 et 1973. Ses entreprises ont prospéré durant « les trente glorieuses » grâce à un prolétariat à la productivité optimale, formé et maintenu en bonne santé par un Etat-providence fort, avec un niveau de vie en hausse régulière.

Ajoutons que, à l’issue de la seconde guerre mondiale, de grandes entreprises publiques furent constituées (comme l’Agence France Presse) et d’autres entreprises (comme Renault) nationalisées, le tout venant s’additionner aux nationalisations de 1936 pour constituer un pool d’entreprises publiques conséquent et profitable.

Ce qu’on appelle le compromis fordiste[1] : augmenter les salaires en échange d’une meilleure productivité et augmenter ainsi la consommation (ou l’art de donner plus pour reprendre encore plus) a très bien fonctionné en France où les conventions collectives sont négociées au niveau national conjointement par les instances patronales et syndicales. Dans ces négociations, les syndicats ont toujours joué leur rôle de partenaires du patronat en co-gérant la force de travail et en encadrant les luttes.

Enfin, l’Etat français a de nombreux atouts pour soutenir ces fonctionnements : centralisé depuis le XVIème siècle, il s’est doté d’une administration forte et répartie sur tout le territoire et d’une police efficace disposant d’un savoir-faire et d’un matériel de pointe. Et tout cela en restant encore aujourd’hui un Etat social, un Etat-providence.

Néanmoins la France n’est pas le village d’Astérix et elle n’a pas échappé à la crise générale du capital et aux processus de restructuration qu’elle entraîne depuis les années 70. Des entreprises sont délocalisées, d’autres réduisent leurs effectifs ou ferment leurs portes, 9,5% de la population active (déclarée) est au chômage en fin 2011, le coût de la vie augmente bien plus vite que les salaires et les aides et revenus indirects provenant des avantages sociaux que l’Etat-providence avait mis en place se rétrécissent progressivement, mettant à mal le compromis fordiste.

Des entreprises publiques sont privatisées et les services publics gérés de plus en plus en tant que centres de profit.

Du coup, depuis les années 80, les luttes deviennent de plus en plus défensives : on ne se bat plus guère pour une augmentation de salaire mais pour conserver son travail, son niveau de vie, obtenir de meilleures conditions de licenciement.

Parallèlement à ces luttes de négociation (avec le patronat et/ou l’Etat), se développent de plus en plus des révoltes urbaines comme les émeutes dites « de banlieue » de 2005 qui ont éclaté un peu partout dans le pays avec des affrontements quotidiens avec la police, des attaques de commerces, des saccages et incendies de bâtiments publics.

Ainsi, le prolétariat lutte à différents niveaux et ce peut être aussi bien avec des revendications très défensives que sans revendication du tout en s’affrontant directement à la police et aux infrastructures de l’Etat, en pillant et détruisant les marchandises qu’il peut si difficilement s’offrir d’ordinaire.

Les luttes défensives les plus emblématiques sont celles qui précédent des fermetures d’usine comme, en 2000, celle des travailleurs de Cellatex. Ceux-ci avaient menacé de faire sauter leur usine et de déverser des milliers de litres d’acide sulfurique dans la rivière voisine pour obtenir une compensation spéciale à leur licenciement de plus de 22 000 euros et des garanties particulières de reconversion.

Le moyen de pression utilisé, qui sera repris dans plusieurs autres entreprises en liquidation au cours de la décennie qui suit, peut sembler avant toutspectaculaire. Mais, outre le fait que ce type de moyen d’action est en rapportavec la violence des attaques des capitalistes, il s’inscrit aussi dans la lignée du syndicalisme de conflit et des pratiques d’action directe [2].

Les syndicats, s’ils savent eux-mêmes très bien jouer de ces pratiques pour soutenir leurs propres objectifs, ne parviennent pas toujours à maîtriser les séquestrations de dirigeants, les occupations violentes et les destructions diverses causées à la marchandise et à l’outil de travail par une base « déchaînée », pratiques qui se sont multipliées ces dernières années en même temps que les fermetures de sites de travail. D’où de nombreux conflits des syndicats avec leur base.

Le moteur du mode de production capitaliste, c’est l’accroissement constant des profits.

Pour y parvenir en situation de crise, il faut diminuer encore plus le coût global du travail (augmentation de la productivité, création de zones franches, réduction de taxes et de charges sociales…) et, pour cela, rendre le travail de plus en plus flexible et précaire (horaires et durée des contrats au gré du patronat, travail par intérim ou en sous-traitance, externalisation forcée de travailleurs obligés de se mettre à leur compte…).

En conséquence, les gouvernements successifs ont pour mission de réformer le contrat de travail et de diminuer les dépenses liées à la reproduction de la force de travail (santé, enseignement, retraite et aides diverses).

Sur le contrat de travail, l’une des réformes les plus marquantes porte sur les conditions du départ en retraite. C’est cette réforme, commencée en 1993, qui provoque le mouvement de lutte de l’automne 2010. Depuis la fin mars, les syndicats avaient déjà organisé 7 journées d’action et de manifestations contre cette réforme. En octobre démarre une série de manifestations et de grèves reconductibles (en vrac : SNCF, routiers, raffineries de pétrole, éboueurs et agents municipaux, cantines scolaires, crèches et autobus à Marseille, lycées et universités…) qui vont durer jusque vers la fin novembre.

La contestation de la réforme se solde par un échec total et son application suivra inexorablement son cours. Pour la première fois, alors que de précédents projets de réforme du contrat de travail (comme par exemple : le « Plan Juppé » en 1995 ou le Contrat Première Embauche en 2006), avaient été amendés ou annulés sous la pression des luttes, l’Etat français n’a fait aucune concession, montrant ainsi que toute revendication était irrecevable.

Raté dans ses objectifs « politiques » visés par les syndicats (lesquels ont tout de même bien réussi à épuiser les luttes avec 14 journées d’action et de manifestations en 8 mois !), ce mouvement a globalement mis en évidence la faiblesse du niveau des luttes en regard de la violence d’une attaque aiguisée par la crise et d’un rapport de force nettement en faveur du capital.

Cependant, ce mouvement a aussi vu se développer des pratiques de luttes au-delà du refus de la réforme du système des retraites, sur la base de l’achat global de la force de travail qui comprend tous les coûts nécessaires non seulement à payer les travailleurs mais aussi à ce qui leur permet de rester productifs, de survivre et de faire survivre leur foyer. Il a de ce fait impliqué le prolétariat au sens large, au-delà de la seule classe ouvrière et des catégories d’âge et d’activités directement concernées par cette réforme.

La difficulté croissante de l’activité de grève – et encore plus celle d’une grève avec occupation- ( en cause, notamment: la perte de revenu insupportable pour beaucoup dans le contexte présent, la peur fréquente de perdre son emploi et de mettre en danger son entreprise dont celui-ci dépend, les restrictions du droit de grève dans certains secteurs, les statuts atomisés des travailleurs au sein d’une même entreprise…) et l’impossibilité de faire grèvepour une fraction non négligeable du prolétariat (chômeurs, intérimaires, précaires, assistés sociaux, travailleurs au noir, sans papiers…) ont favorisé le développement :

– des pratiques de blocage hors des lieux de travail proprement dits : on «bloque» les raffineries et les incinérateurs à leurs entrées (sans hélas les arrêter totalement ce qui impliquerait ensuite une longue remise en route que les syndicats ont veillé à éviter ! !) ; des travailleurs municipaux d’autres secteurs d’activité se retrouvent pour bloquer un incinérateur dont le personnel n’est pas lui-même déclaré gréviste ; les « bloqueurs » appellent des groupes ou des individus extérieurs à venir les rejoindre etc.. ce qui, potentiellement, permet de dissocier ou d’associer librement grève et blocage et ouvre les lieux de travail et les collectifs de lutte à tous, sachant que les syndicats même « inviteurs » ont bien veillé au grain tout de même ![3].

– des « AG Interprofessionnelles », instances anti et/ou para-syndicales qui intègrent travailleurs syndiqués ou non, chômeurs, précaires, retraités, étudiants, titulaires des minima sociaux etc …et tentent des coordinations directes globales et non plus sur la base d’une profession, d’un métier, d’un secteur, d’une entreprise. Malheureusement, ces AG ont souvent été investies par des groupes d’extrême gauche, leur donnant un sens organisationnel et avant-gardiste.

Viennent se rajouter aux deux phénomènes précédents :

– le fait que ce mouvement est entré en synergie avec une série de conflits antérieurs et/ou parallèles portant sur des revendications salariales et de conditions de travail notamment dans les raffineries de pétrole et différentes entreprises publiques ou para-publiques (les hôpitaux parisiens, le musée du Louvre, les archives nationales, les éboueurs, les travailleurs du port de Marseille…).

– la forte mobilisation des lycéens, pourtant pas encore intégrés au monde du travail mais réagissant en futurs exploités, au besoin avec violence (cf. les saccages au centre-ville de Lyon et au tribunal de commerce de Nanterre)

Dans ce contexte, on comprend bien pourquoi a surgi le slogan Bloquons l’économie. Même si ce slogan n’est pas plus « révolutionnaire » (il ne s’agit pas de « détruire l’économie ») qu’il ne s’est révélé efficace (le moins qu’on puisse dire c’est que l’économie française n’a été que très modérément « bloquée » !!!), il présente l’intérêt de sortir de la sphère des revendications partielles pour s’en prendre directement à l’économie.

Du côté du coût de la reproduction de la force de travail, les réformes portent sur la baisse des dépenses de santé et d’éducation et, plus généralement, la rentabilisation des services publics, la hausse des cotisations sociales et des taxes, des réductions et suppressions de minimas sociaux… Si la mise en place des réformes a été progressive depuis les années 80, elle s’accentue depuis la crise de 2008, rendant la survie de plus en plus difficile à la majorité de la population, et encore plus aux travailleurs précaires, « réservistes » de la force de travail, et aux travailleurs surnuméraires, ceux dont le capital n’a plus l’usage. Pour ces derniers, la seule chance à s’employer est le secteur de l’économie informelle, lequel appartient tout de même en réalité à l’économie globale.

Cette situation implique un contrôle social accru de l’Etat par un renforcement de la répression : fermeture des frontières, chasse aux sans-papiers, conditions tyranniques d’obtention ou de maintien des allocations de chômage et des minima sociaux, coupures de gaz et d’électricité et expulsions locatives en toutes saisons, enfermement des jeunes déviants… deviennent notre paysage quotidien et suscitent régulièrement des résistances et révoltes de prolétaires subissant l’accroissement de leurs difficultés financières et une répression de plus en plus omniprésente.

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[1] Parce qu’il avait été soutenu par Henry Ford, patron des automobiles du même nom
[2] L’origine des pratiques d’action directe remonte au syndicalisme révolutionnaire de la fin du XIXème siècle, mis en forme par la « Charte d’Amiens » de 1906 assignant au syndicalisme un double objectif : la défense des revendications immédiates et quotidiennes et la lutte pour une transformation d’ensemble de la société en toute indépendance des partis politiques et de l’Etat. Cette charte reste aujourd’hui encore la référence d’une partie du mouvement syndical même si c’est souvent sous une forme bien édulcorée
[3] Un exemple : à la raffinerie de pétrole de Grandpuits, quand les syndicats ont vu arriver un nombre important de gens venus participer au blocage de la raffinerie, ils les ont envoyés manifester dans la villed’à côté !
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Collectif de la Revue Internationale Sur la Crise – Paris

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¿Por qué hablar de crisis ?

 

Lo que queremos atacar es el discurso dominante que explica que las causas de la crisis actual hay que buscarlas en el mal capitalismo financiero. Pensamos que la crisis financiera no es más que un síntoma de una enfermedad más profunda y que se trata, de hecho, de una crisis del propio capitalismo. Sus consecuencias serán verdaderamente terribles pero tal vez será también la ocasión de desafiar al capitalismo en sus propios fundamentos.

Desde la extrema derecha hasta la extrema izquierda, hoy en día escuchamos por todas partes un mismo discurso : la economía real estaría sana, solo un sistema financiero que haya escapado a todo control pondría en peligro la economía mundial. En una versión más conspiracionalista, la crisis no sería más que un pretexto, una estrategia de los propios capitalistas, que gozaría en realidad de un perfecto estado de salud. Ya que, de hecho, estos grandes mentirosos tienen un tesoro bien escondido que habría que encontrar para después redistribuirlo entre todos los pobres. Ésta es la razón por la cual desde la izquierda hasta la derecha se propone limitar las derogaciones fiscales y encontrar el dinero escondido para reinyectarlo en los Estados.

Éste discurso se inclina de diferentes maneras según se designe a los brokers como los únicos responsables o se denuncie la parcialidad de las agencias de notación financiera, lo cual vuelve a acusar al termómetro en caso de fiebre. Pero por encima de todo, «  es la culpa del sistema financiero y del endeudamiento », o como confundir la enfermedad con el síntoma. Ahora bien, es imposible separar el buen capitalismo productivo del mal capitalismo financiero. No existe por un lado una economía que produzca riquezas y por otro lado una economía virtual, unas un sistema financiero parasitario; se trata de las dos caras de una misma realidad. Desde el inicio de la economía capitalista ésta no puede funcionar sin las finanzas, es decir, el crédito, las Bolsas, la especulación.

Sean cual sean los dirigentes, se mofan de nosotros cuando reclaman una contención rigurosa de la especulación, porque es todo el sistema que, en su fase actual, necesita la especulación y el crédito. Las razones más profundas de la crisis actual no hay que buscarlas ni del lado de la especulación, ni del lado del endeudamiento. Los tropiezos financieros recientes: la crisis de las subprimas, la crisis de la deuda, los cracs bursátiles que se repiten, el papel de las agencias de notación, la amenaza de quiebra de los Estados… todo ello es ante todo la expresión de una crisis del propio capitalismo.

De hecho, el capítalismo se está enfrentado a una contradicción recurrente : por un lado, hay que disminuir (o en todo caso limitar) los sueldos para bajar los costes de producción y mantener los beneficios. Por otro lado, los consumidores tienen que tener suficientes ingresos para comprar las mercancías producidas.

Después de la Segunda Guerra Mundial, en los países de la Europa Occidental, de América del Norte y en Japón, la expansión rápida de la economía permitió contener y hacer crecer los efectos negativos de ésta contradicción. Se aumentaron los sueldos, pero se aumentó más aún la producción. Se convirtieron en vendedores a numerosos sectores que no lo eran antes, como hoy se está haciendo con la educación, la sanidad o la seguridad. Se proveía a costes más bajos (por el efecto de la industrialización y la masificación) una cantidad de productos  más numerosos y que favorecían a los proletarios, manteniendo al mismo tiempo los beneficios. Para desarrollar la producción de esta manera, el consumo debía absorber a la sociedad entera, con todo lo que ello significa : publicidad, manipulación del deseo, producción de una gran cantidad de porquerías destinadas a satisfacer necesidades creadas socialmente. Por otro lado, lo que se llamó entonces « Tercer Mundo » era mantenido bajo una dominación colonial o post-colonial que permitía explotar sus materias primas.

Todo esto cambió desde la crisis de los años 1970 y la reestructuración del capitalismo que esta provocó. Las deslocalizaciones de industrias y de servicios han permitido por tanto bajar el coste del trabajo a nivel mundial. El consumo ha sido sostenido por el desarrollo del crédito, que se trata de gasto público (y de deuda pública) o privado. Pero este mismo sistema está agotado, como demuestra la crisis que comenzó en 2007. El crac de 2008 no ha podido ser reparado más que por medio de una expansión masiva del endeudamiento estatal.
La cantidad de esta deuda, en adelante imposible de devolver, es la expresión concreta de este callejón sin salida. La crisis de la deuda pública en Europa y las perspectivas de caída de Grecia, en adelante bastante real, son la prueba de ello. El sistema financiero no es la causa de la crisis, al contrario, es él  quien ha permitido a la crisis, provocada por la contradicción recurrente del capitalismo,  estallar tan tarde.

Actualmente, todo ello golpea a los Estados bajo la forma de una crisis presupuestaria y de diversos programas de austeridad. En toda Europa, se nos explica que vivimos por encima de nuestros medios, que vamos a tener que trabajar más y apretarse el cinturón. Frente a esta situación, muchos se vuelven hacia el Estado como si fuera quien permite imponer límites a los « desajustes del mercado ».

«  Con más poder del Estado para dirigir/controlar al sistema financiero podríamos construir una economía más social y más próspera ». Pero el discurso antiliberal choca contra una evidencia

1 Los antiliberales sueñan con volver a un Estado que les protegiera del capitalismo a pesar de que la función del Estado es asegurar su buen funcionamiento. En estas condiciones, su política desemboca simplemente en nuevas formas de patriotismo económico, de medidas más o menos proteccionistas para intentar impedir las deslocalizaciones,  e incluso en el nacionalismo.  : el Estado no es quien se opone a la esfera de la economía, se encuentra en una relación de total interdependencia con la economía. La razón de ello es sencilla : debe utilizar el dinero para financiar sus proyectos. Cuando la economía comienza a ralentizarse, limita y amortigua su acción. Con la disminución de sus medios financieros, el Estado se reduce a la gestión cada vez más represiva de la pobreza.

Concretamente hoy en día los Estados sólo tienen dos opciones a elegir entre dos políticas : austeridad drástica o creación monetaria, es decir recurrir a la fabricación de billetes. La primera conduce a la recesión violenta, la segunda a la explosión de una inflación incontrolable.

El paro crece y tanto la miseria como la barbarie corren el peligro de propagarse de manera dramática, tal vez entrecortadas por algunas fases de reactivación.
Entonces, ¿de qué sirven estas consideraciones de desánimo? ¿de qué sirve insistir en que la crisis que empezó en 2008 corre el peligro de hacerse más profunda ? ¿porqué alegrarse mientras corremos el peligro de sufrir las consecuencias de ello y de ser los primeros afectados ? Y más todavía cuando el capitalismo ha mostrado hasta ahora que podía sobreponerse a sus crisis. Incluso que era un sistema en estado de « crisis permanente ».

De hecho, no hay contradicción fundamental entre el hecho de decir que la crisis se profundiza estos últimos años y que el capitalismo es de cierta manera una crisis permanente : la crisis puede analizarse al mismo tiempo como un modo de funcionamiento ordinario del capitalismo y como un replanteamiento potencial de su propia existencia. El capitalismo es aquél juego que incluye su contradicción en sus propias reglas, y que por lo tanto podría tender a su propia abolición, pero la realidad es que es la lucha de clases, somos nosotros quienes lo tenemos que hacer.

Está claro que la crisis actual podría resolverse por medios ya utilizados histόricamente por este sistema en contextos comparable : guerra(s), destrucción masiva de medios de producción y de la fuerza de trabajo. También podría durar mucho tiempo en un proceso continuo de empobrecimiento para la mayor parte de nosotros, agitado por explosiones sin salida, incluso conflictos de todos contra todos (competencia entre grupos, racismo…).

Sin embargo, también se puede pensar que, durante una crisis grave prolongada, los automatismos sociales, los hábitos, se debilitan y desaparecen. Muchas personas podrían replantearse lo que ellas considerarían antes como natural, inevitable. Y es que, efectivamente, las crisis son los momentos más propicios para poner en duda al capitalismo.

Entonces, porqué este análisis (que es más o menos lo único confirmado hoy en día por la reciente crisis) suscita tan poca atención? Porqué es tan difícil admitir hoy en día que nuestro sistema está agotado? Ante todo nadie quiere realmente imaginar el fin del capitalismo. La idea misma suscita el pánico. Todo el mundo piensa que tiene muy poco dinero, pero todos se sienten amenazados. Ahora bien, es al dinero pero también a la mercancía, al trabajo, a la propiedad y al Estado a los que hay que atacar.

La desaparición de esta sociedad representa tal conmoción, que no se encara necesariamente con suavidad. Sin embargo, no estamos condenados a intentar salvar la economía que se tambalea y nos aplasta. Podemos contribuir a su desaparición. No por nada, sino por un mundo sin Estado y sin clases, un mundo para todos, sin explotación ni dominación.

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 1) Los antiliberales sueñan con volver a un Estado que les protegiera del capitalismo a pesar de que la función del Estado es asegurar su buen funcionamiento. En estas condiciones, su política desemboca simplemente en nuevas formas de patriotismo económico, de medidas más o menos proteccionistas para intentar impedir las deslocalizaciones,  e incluso en el nacionalismo.

Grupo de la Revista Internacional Sobre la Crisis – Paris

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La crise – Les dynamiques et les passions qui agitent le présent … et le futur…

« En Italie, où la production capitaliste s’est développée plus tôt qu’ailleurs, le féodalisme a également disparu plus tôt. Les serfs y furent donc émancipés de fait avant d’avoir eu le temps de s’assurer d’anciens droits de prescription sur les terres qu’ils possédaient. Une bonne partie de ces prolétaires, libres et légers comme l’air, affluaient aux villes léguées pour la plupart par l’Empire romain et que les seigneurs avaient eu de bonne heure préférées comme lieux de séjour. Quand les grands changements survenus vers la fin du XVe siècle dans le marché universel dépouillèrent l’Italie septentrionale de la suprématie commerciale et amenèrent le déclin des manufactures, il se produisit un mouvement en sens contraire. Les ouvriers des villes furent en masse refoulé dans les campagnes, où dès lors la petite culture, exécutée à la façon du jardinage, prit un essor sans précédent ». K.M. Capital, Livre I, note page 681, Edition Sociales 1976, 1982.

Sans vouloir être pédant en partant de cette citation de Marx, nous considérons qu’il est important d’analyser la crise, pour rompre dès à présent avec un tabou au sein de la gauche sur un prétendu retard du mode de production capitaliste en Italie. C’est ainsi, qu’aujourd’hui encore, on analyse la crise en Italie, en considérant que certaines organisations sociales seraient un héritage du passé et non comme des éléments structurels et intégrés dans l’économie politique actuelle. Nous pensons, par exemple à l’économie criminelle (mafia, camorra, ‘ndrangheta), que l’on considère comme parasitaire par rapport à une économie productive saine, une estimation qui ne prend pas en compte le niveau d’intégration de ces différents éléments.

Nous voulons aborder cette question, comme nous le verrons plus loin, car il y a de la part des défenseurs de l’économie politique de gauche la tentative d’introduire une apparente contradiction entre la finance et la production.

Le système indutriel italien d’après-guerre s’était développé dans la production de biens de consommation durables et, en particulier, dans la construction automobiles et l’électroménager à bas coûts, ainsi que dans les biens d’investissement, en particulier, dans le bâtiment. L’industrie a été largement soutenue par l’investissement public. Après les années 50 nous avons connu le boom grâces aux exportations, accéléré par la constitution de l’Union douanière avec les autres pays européens, par le MCE (le Marché commun Européen), et par l’expansion de la demande interne de ces mêmes biens.

A partir de la moitié de années 70, le processus de crise interrompt le mécanisme de croissance mis en oeuvre depuis la fin de la guerre dans les principales économies au moyen de l’économie mixte. Depuis les années 30, l’économie mixte avait assuré un rôle principal dans le développement des conditions permettant la poursuite de l’accumulation, intervenant dans ce cycle d’accumulation du capital sous diverses formes, allant du modèle américain au modèle russe, du stalinisme à la droite fasciste, jusqu’à la démocratie de l’après-guerre.

En Italie, la crise des années 70 met en branle un gigantesque mécanisme qui rend obsolète le système sur lequel reposait la croissance et le développement économique basé sur l’autonomie des Services Publics (IRI, enti pubblici autonomi) ouvrant une période d’inflation galopante et une croissance de la dette publique.
La restructuration de l’industrie lourde qui s’ensuivra marquera la fin d’un modèle de développement qui s’est heurté aux limites du capitalisme subventionné par les politiques keynésiennes.
On peut voir dans cette restructuration une réaction du capital face à la lutte ouvrière qui s’était développée dans cette période ; cependant, on ne peut expliquer par ce seul aspect la transition du cycle d’accumulation du capital aux événements ultérieurs. La capacité de modifier le soi-disant « plan du capital », pour utiliser une formule qui ne nous est pas chère mais tellement en vogue ces années là en Italie, s’inscrit dans les conditions générales où se manifeste la crise, bousculant un modèle de développement du capital et avec lui les conflits de classes liés à cette période.
En d’autres termes, nous ne pensons pas que la crise d’accumulation du capital, à partir des années 70, soit directement liée au développement de la lutte des classes lors des années précédentes, et la restructuration qui s’en est suivie n’était pas une simple réaction du capital aux conflits entre les classes.

Nous ne voulons pas minimiser cet important cycle de lutte, mais il est nécessaire de le voir comme une expérience directe de milliers de prolétaires en lutte plutôt que de l’ériger en mythe idéologique.

Nous soutenons le jugement posthume de Marx sur la Commune de Paris : « La révolte d’une seule cité, dans des conditions exceptionnelles, avec une population qui n’était pas -et ne pouvait pas être- socialiste. Avec un peu de bon sens, il aurait été possible de trouver un compromis favorable aux communards. Mais on ne pouvait rien faire de plus ».  K .M., Lettre à Nieuwenhuis 1881. (Traduit par moi).

La contre-tendance, qui se fera sentir par la suite, sera la rentabilité des petites et moyennes entreprises, qui deviennent alors l’épine dorsale de toute l’économie italienne. Nous sommes dans la prétendue période du « small is beautiful ». Face à la réduction des grands centres industriels, la main-d’œuvre est alors en partie réabsorbée par les entreprises publiques (augmentation de la dette publique), et l’on mettra en vedette les entrepreneurs virtuoses et innovateurs se passant de l’investissement public. Le « small is beautiful » dominera la scène italienne pendant une vingtaine d’années. Toutefois, dès sa constitution, un tel modèle exprimait plus une capacité d’adaptation qu’un stimulant pour l’accumulation, marginalisant inévitablement le rôle du capitalisme italien par rapport à celui des États-Unis, du Japon et à d’autres États européens.

Celui qui voit avec la fin de de la grande industrie en Italie une modification du syndicat, avant, d’opposition et maintenant de gestion, ne peut saisir la vrai dynamique syndicale. Il est normal qu’avec la fin des grandes concentrations industrielles classiques, la morphologie du syndicat se modifie, par l’augmentation importante des pensionnés et des employés des services publics, et par l’augmentation des services (caf, patronati ecc…), sans changer sa fonction. L’idée qu’il pourrait exister un syndicat antagoniste, une organisation qui existerait en dehors des processus historiques déterminant les rapports de force entre les classes est une vision idéaliste. Le développement et l’extension des conseils de fabriques à la fin des années 60 en Italie démontra précisément, comme il est tant de fois advenu dans l’histoire, que chaque fois que les luttes des salariés dépassaient un certain niveau d’ampleur et d ‘intensité, elles devaient tendre à mettre en place les formes adéquates à la nature de la classe et au degré de socialisation du processus de production. Le déclin des soviets russes, organes fonctionnant pendant les six premier mois de la révolution fut causé essentiellement par le recul de la participation des masses, c’est-à-dire de la fin du processus de généralisation des nouveaux rapports sociaux, qui peuvent se développer même quant on ne modifie pas les rapports de production, même si leur pouvoir de rupture est certainement plus limité.

Quel que soit le syndicat, il doit se soumettre aux lois du marché et aux fluctuations de l’accumulation de capitaux (la seule et authentique variable indépendante) sous peine d’être mis hors jeu par les travailleurs eux-mêmes. On voit dans ce sens la différence entre une lutte économique-politique et une lutte qui rompt avec l’économie politique, dont la différence n’ est pas dans la forme mais dans l’être, dans la dynamique de la lutte des classes elle-même, dans la capacité de générer de nouveaux rapports sociaux. Dans ce sens, l’évaluation du succès d’une lutte peut être inversée, parce que le prolétariat est élément du capital et seulement quand il rompt son lien avec celui-ci en développant de nouveaux rapports sociaux (le mythe de l’Etat social, de la distribution équitable, etc.., ces derniers éléments n’ont rien à voir avec la critique de l’économie politique mais sont, par divers aspects, des moteurs pour de nouveaux cycles d’accumulation). Cela ne veut pas dire que ces luttes sont inutiles, mais il faut comprendre les mécanismes de rupture ou d’intégration qu’elles créent lors des confrontations avec le capital.

Tout cela bien exposé, on vit dans la dévaluation de la lire un moteur de la croissance qui permit une grande redistribution des profits, sans pour autant annuler les mécanismes des crises d’accumulation. D’autre part, une bonne partie de la force de travail dans ce secteur fut constituée d’une masse de précaires autochtones et d’immigrés.

La compression du salaire dans ces années provoqua une certaine augmentation du taux de profit, mais cela ne raviva pas l’accumulation. La croissance vertigineuse de la dette dans les années 70/80 pouvait être perçue, en premier lieu, comme un transfert d’argent en faveur des grands groupes financiers, ensuite, en faveur des classes intermédiaires en possession de capitaux, débouchant sur une une lutte de plus en plus âpre entre les différents groupes sociaux désireux de maintenir les intérêts déjà obtenus. L’apparition fulgurante de la Ligue du Nord au début des années 90 a été due à ce mécanisme, favorisée aussi par une situation difficile des travailleurs, dont une partie bénéficiaient d’une relative redistribution au niveau salarial, mais qui, en réalité, augmentait la division et la concurrence entre les travailleurs et dans leur ensemble.
Toutefois, les difficultés systémiques persistèrent et furent seulement postposées. Aujourd’hui, et ce n’est pas si paradoxal que cela, les vertus du « small is beautiful » en viennent à être considérées, par les mêmes apologistes du passé, comme la limite du système, sans tenir compte, ni hier ni aujourd’hui, du processus de la crise en cours.

Ce « monde » politique voyait en Berlusconi son chef de fil et,comme toujours, la gauche transformait un un témoignage de faiblesse en un obstacle insurmontable. La gauche s’opposa à Belusconi en remettant sur pied toute la propagande antifascite et démocratique à tel point qu’on pourrait paraphraser Bordiga : le pire produit de l’antiberlusconisme a été l’antiberlusconisme. L’apparente puissance de Berlusconi, son contrôle sur la TV, son omnipotence, sont lentement en train de fondre comme neige au soleil, face aux secousses telluriques de la crise, il apparaît comme un vieux satrape. La gauche continue pourtant à le décrire comme le responsable de la crise, ne tirant aucunes leçons des erreurs du passé. C’est trop d’honneur pour le dernier défenseur des b-movie érotiques à italienne.

La crise éclate lors de l’été 2008 en rendant évidentes les contradictions accumulées depuis les années 70, et touchant tous les aspects du mode de production capitaliste. L’importance de cette crise, la plus violente et la plus générale depuis celle de 1929, dépend principalement de l’extension et de la profondeur de ces contradictions. Les déflagrations actuelles, en fait, ne sont que l’onde longue de cette crise internationale du système capitaliste débutant dans les années 1974-75. Sa portée planétaire plonge ses racines dans des temps désormais lointains. C’est en fait la même crise liée à la réduction du taux d’accumulation, l’unique responsable de l’effondrement économique en cours. Cela a accéléré au cours des ans, de façon incroyable, les pratiques spéculatives. Mais quels sont les indices de la crise ? Chute de la production industrielle, des investissements en capital fixe, du taux de profit, augmentation de l’armée industrielle de réserve, spéculation financière, crise de la dette des États et «ruée vers l’or». Ce sont les indices d’une nouvelle récession globale qui implique aussi les pays émergents et produit un sentiment de panique générale.

Si la crise apparaît sous sous la forme financière, forme la plus répandue du capitalisme contemporain, sa substance et ses racines résident au cœur des mécanismes de production, et plus spécifiquement dans la crise du profit qui s’exprime dans la baisse tendancielle du taux de profit ;  Marx l’analyse ainsi :  « Elle est, sans aucun doute, la loi la plus importante de l’économie politique moderne, la plus essentielle pour comprendre les rapports les plus complexes. Elle est historiquement la loi la plus importante. C’est une loi qui, au mépris de sa simplicité, n’a jamais été comprise et encore moins consciemment exprimée ». Manuscrits dits « Grundrisse ». Traduit par moi.

Nous sommes en présence d’une profonde différence entre les vieilles crises de surproduction, incontrôlables, mais desquelles le capitalisme encore jeune pouvait sortir en poussant plus loin à de nouvelles crises de niveaux toujours plus élevés, et la crise actuelle qui surgit dans un vieil organisme, corrodé par des décennies de parasitisme financier (exacerbé ces dernières années). Les scénario du futur n’indiquent aucune reprise et nous assistons plutôt à la permanence d’une détérioration continue de l’économie mondiale qui a repris le cours qui l’a conduite à l’effondrement de la finance et de la production de 2007-2009 avec des conséquences aggravantes : hausse du prix des matières premières, d’abord du pétrole, un ralentissement de la locomotive asiatique et les difficultés de nombreux États européens à soutenir les niveaux de l’endettement public. La balance courante chinoise s’est élevée à 2,8% du PIB en 2011, contre 10,1% en 2007 ; cette baisse est principalement due à la contraction de la demande européenne et des USA (qui représentent 40% des exportations chinoises.

La situation de L’union Européenne dans ce scénario mondial est aggravée par l’instabilité financière passée liée à la dette publique de certains pays de l’U.E., et à l’irrégularité monétaire mise en place avec l’Euro, qui provoque une dette publique non financiable directement par une Banque Centrale qui, en dernière instance, pourrait leur venir en aide, tandis que la BCE interdit l’acquisition de titres publics émis par les États membres.

Toutefois, les conditions de faiblesse et d’instabilité européennes ne sont pas causées par des questions de devises ou de déficit public. Celui-ci est, par rapport au PIB, inférieur aux valeurs japonaises ou celles des USA. Les difficultés des États à refinancer le déficit budgétaire grâce aux titres publics sont la conséquence directe de la poursuite de la crise. Supportant la dette des banques privées, les États Européens ont reporté la volatilité des actions et l’instabilité du secteur financier directement dans le secteur des titres publics. La compétition a poussé vers le haut les différents taux d’intérêts entre les pays membres européens, aggravant ultérieurement les conditions de refinancement du déficit public de pays comme l’Italie et la Grèce. Pour des pays comme l’Irlande (du groupe de PIIGS) les conditions se sont détériorées à la suite de l’ « étatisation » de la dette privée, en grande partie causée par le déficit du commerce extérieur qui, en absence d’ajustement des changes, se transforment en une croissance continuelle de la dette extérieure. Le capital, assoiffé de profits qu’il ne parvient plus à obtenir dans le secteur productif en raison d’une accumulation trop élevée, trouve simplement dans la situation particulière de l’Europe (ne disposant pas d’une Banque centrale qui lui viendrait en aide en dernière instance) une autre occasion de spéculer au moyen, par exemple, d’outils financiers comme les crédits « default swap ».

L’irrégularité financière de l’Euro, soit du point de vue du financement de la dette publique, soit de la façon dont elle intervient dans l’endettement extérieur de quelques pays comme l’Irlande, constitue un mode de fonctionnement de la crise mondiale pour les pays de l’Union Européenne, ne constituant ni la cause et encore moins le levier sur lequel s’appuyer pour relancer la reprise.
C’est la croissance qui détermine la capacité financière des pays de l’euro, pour autant qu’elle influence la capacité de réduire la dette, à la fois en termes absolus ( par l’augmentation des recettes fiscales) qu’en termes relatifs (augmentant le dénominateur du rapport Dette/PIB) .

Le recours au crédit devient pour le secteur non financier l’unique instrument pour soutenir la croissance. Mais le recours au crédit est freiné à la fois par la nécessité pour le secteur bancaire de restaurer les bilans, et à la fois par la tendance au soi-disant delevereging du secteur non financier, c’est-à-dire par la substitution du capital de crédit par le réinvestissement des bénéfices ou l’émission d’actions. Bien que les entreprises européennes ont montré une capacité de consolidation à l’exposition de la la dette, le niveau d’endettement reste historiquement à des niveaux plutôt élevés. Cela rend la stabilité économique et financière des secteurs non financiers européens sujette à des risques liés autant à l’évolution des taux d’intérêts qu’à la baisse des demandes et des profits
Le dilemme pour les dirigeants institutionnels devient encore plus profond. Une augmentation « excessive » du crédit pourrait entraîner des pressions inflationnistes et à la détérioration de la conditions patrimoniales des banques, une consolidation patrimoniale des banques suivant une réduction du crédit au privé pourrait ralentir par la suite la croissance économique, aggravant ainsi les déficits publics.
Il y aurait, dans ce cas, une inévitable répercussion sur les titres publics en possession des banques et pourrait entraîner une détérioration des actifs du secteur bancaire qui subirait la dépréciation des titres publics qu’il détient.

Le cercle vertueux de la croissance de l’accumulation poussée par le capital de crédit s’est transformé en un cercle vicieux d’une économie au bord de l’effondrement.

Les analystes bourgeois, en nous parlant de reprise, tentent d’exorciser la terreur de retomber dans une crise financière qui affecterait la confiance dans les banques et dans les Etats avec, comme conséquence, l’instabilité économique et politique explosive. Entre temps, on espère que la reprise « savamment » guidée par les gouvernements, les banquiers et les capitaines d’industries anciens et nouveaux, amène un nouveau cycle de croissance.

Il reste que, comme le FMI doit le reconnaître, « la reprise actuelle pour les économies avancées est la plus faible depuis l’après-guerre.

Selon les données avancées par le New World Outlook du FMI, la reprise dans la crise actuelle est comparativement aux précédentes (de 85 à aujourd’hui) est restée fortement déséquilibrée. C’est donc que la croissance de la production est seulement due à quelques pays émergents, pendant que cette croissance reste inférieure à l’avant-crise pour les pays à capitalisme avancé. Le chômage n’a pas diminué lors de la reprise, les investissements continuent à subir la contraction, les seuls marchés qui semblent montrer de la vitalité sont les marchés des actions qui ont montré un renchérissement du prix des actions. Cette reprise apparaît plus comme étant l’incessante recherche sans frein de profits par le capital spéculatif, que comme le retour à un réel cycle d’accumulation.

Les Etats européens présentent une image plus sévère par rapport aux partenaires des pays au capitalisme avancé. En 2009 la production européenne des 25 pays avait subit un recul de 4,3%, la croissance sur base annuelle a été de 2% en 2010 et 1,5% en 2011, et l’on prévoit autour de 0,6 pour 2012. On n’a donc pas récupéré les niveau d’avant la crise. L’emploi dans la construction de 208 à 2011 a chuté de près de 17%., le secteur manufacturier a continué ses pertes d’emploi depuis 1996, réduisant de près de 12% les postes de 2008 à 2010. Le secteur des services obtient une croissance de de l’emploi de 2,8 %, inférieure à la période d’avant la crise. Le chômage était à 9,5 début de 2011 et s’élève à 10,2 en février 2012 (EU 27).

Ces données reflètent une valeur moyenne qui, de fait, est illusoire, et s’ajoutent aux niveaux alarmants de données déjà constatées ainsi qu’aux déséquilibres entre les différentes aires géographiques et les polarisassions sociales que reflètent la tendance moyenne des indicateurs statistiques.

L’énorme masse de capitaux au sein de la finance est l’expression d’un cycle descendant, et non ascendant, de le cours actuel du système capitaliste. Pour soutenir les taux d’accumulation que la production capitaliste ne garantit plus depuis des décennies, la forme apparente de la valorisation du capital s’est réfugiée dans la sphère de la circulation dans laquelle, avec de l’argent, on crée en apparence plus de valeurs monétaires. La vie du capitalisme dépend donc de la possibilité d’injecter toujours plus de capitaux dans chaque activité possible, de façon à augmenter la productivité ; mais cela consiste précisément à accentuer la tendance à la diminution de la masse de plus-value produite et réalisée, l’entraînant dans un cercle vicieux.

La baisse du taux de profit moyen n’a pas empêché que, à travers l’utilisation intensive de capital mort (concentration et centralisation de capitaux), la masse de profit augmente, produisant ainsi une situation dans laquelle une masse de capitaux, de diverses compositions, erre sur le marché mondial à la recherche d’opportunité de profits de toute nature. Comme la rentabilité chute dans les secteurs productifs, le capital productif émigre dans la sphère financière où il devient du capital fictif, capital investit en titres de dette/crédit (par exemple en actions, en bond d’Etat, obligations d’entreprises privées, etc.) ou en produits dérivés, et ce grand flux de capitaux provoque une hausse des prix de ces titres.

L’écart entre les courbes du taux de profit et celles du taux d’accumulation du graphique, montre sans équivoque l’aire de financiarisation de l’économie. Comme toujours, plus les capitaux sont aspirés par les secteurs improductifs, anticipant sur de futures augmentations des prix, plus les prix de ces titres échangés sur les marchés financiers augmentent, et le processus devient auto-expansif.

Expansion du secteur financier depuis 1980
 dans Controverses, septembre 2009 (in www.leftcommunism.org)

Les profits fictifs augmentent en formant une bulle spéculative. L’utilisation croissante d’instruments financiers qui n’ont rien à faire avec la production réelle, et donc avec la production et l’accumulation de plus-value, n’exprime pas une dérive du système capitalisme due à des choix mal avisés, mais la conséquence la plus logique de la crise. La prédominance de la forme financière-spéculative du capitalisme n’est donc pas un accident de l’histoire, mais le résultat de l’impossibilité de la croissance économique réelle tirée par les profits.

La possibilité d’une rupture effective avec le capitalisme et la perspective d’une nouvelle communauté se situe au sein d’un rapport de lutte des classes dans un contexte objectif des limites du capitalisme. «Le mode de production de la vie matérielle conditionne le processus de vie sociale, politique et intellectuel en général. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience ».
Contribution à la critique de l’économie politique (page 4) Éditions sociales, 1972

Dans le livre I du Capital, Marx définit la loi de l’effondrement comme « la loi générale de l’accumulation capitaliste », mais comme toute autre loi elle est plus ou moins modifiée dans la réalité concrète. Ces modifications sont exposées dans le livre III du Capital, particulièrement dans la section qui explique la loi de la baisse du taux de profit. Tout comme la loi de la gravitation agit dans la réalité concrète seulement dans une forme modifiée, il en est ainsi pour la loi de l’effondrement du capitalisme, qui n’est rien de plus que l’accumulation capitaliste sur la base de la valeur.

La loi de la valeur dévoile ce que la réalité concrète, le monde superficiel du phénomène, cache : le fait que le système capitaliste doit nécessairement s’effondrer avec la même nécessité d’une loi naturelle. Si nous avons la capacité de faire abstraction de toutes les contradictions secondaires de ce système, nous pouvons voir l’exercice de la loi de la valeur comme la loi interne du capitalisme. L’accroissement de la masse du profit peut compenser la chute du taux de profit pour un certain temps, mais, si dans un premier moment la masse de profit diminuait seulement en relation au capital total et aux exigences d’une future accumulation, dans un stade suivant elle diminuerait de façon absolue.

Ainsi, la loi de la chute du taux de profit devient l’expression théorique de la nécessité du dépassement du capitalisme, qu’il ne faut pas comprendre comme un automatisme, mais ce dépassement implique l’action révolutionnaire. La contradiction entre valeur d’usage et valeur d’échange du marché, s’exprime comme l’incapacité du capital de se développer et aussi sa limite qui devient nécessairement une limite pour toute la société. Dans ce sens pour Marx : la cause ultime de toutes les crises et toujours la pauvreté et la limitation de la consommation des masses. K.M, Capital livre III. Surproduction et sous-consommation (en fin de compte c’est la même chose) sont nécessairement connectés avec la forme physique de la production et de la consommation, toutefois, dans la société capitaliste le caractère matériel de la production et de la consommation ne permet pas d’expliquer la prospérité ou la crise. Il pourrait apparaître illogique que le capital accumule dans le but d’accumuler. Dans le capitalisme la production matérielle ainsi que la consommation restent dépendants des individus, et le caractère social de leur travail et de leur consommation n’est pas directement régulé par la société mais plutôt indirectement par le marché. Le capital ne produit pas des choses mais des valeurs d’échange, sans pour autant pouvoir, sur la base de la composition de la valeur, adapter sa production et sa consommation aux besoins réels s’il ne veut pas que la population aille à la ruine. Si le marché ne parvient plus à satisfaire ces besoins, alors la production pour le marché (la production de valeurs) est supprimée par la révolution pour faire place à une forme de production donc la réglementation sociale n’est pas déterminée par le marché, mais possède un caractère directement social, de façon à être orientée selon les besoins humains . Ce passage demeure au sein du binome, nouvelle humanité ou vielle société, directement dépendant de la contradiction entre les classes : « Tous les progrès de la société, donc du capital, ou en d’autres termes, toute croissance des forces productives sociales, ou si l’on veut, des forces productives du travail -lesquelles résultent de la science, des inventions, de la division et de la combinaison, du progrès des moyens de communication, de la création du marché mondial, des machines, etc… n’enrichissent pas l’ouvrier, mais le capital ; ils ne font qu’agrandir à leur tour la puissance qui domine le travail ; ils accroissent seulement la force productive du capital » K.M. Fondements de la critique…

Du point de vue de la valeur d’usage, la contradiction entre production et consommation dans la société capitaliste est une aberration, mais pour la production capitaliste elle n’a aucune importance. Par contre, dans l’optique de la valeur, cette contradiction recèle le secret du progrès capitaliste pour lequel, plus grand est le secret du progrès capitaliste, plus grande est la contradiction, meilleur est le développement du capitalisme. Mais c’est justement pour ce motif que l’accumulation de telles contradictions doit, en définitif, arriver à un point tel que se pose la question de la suppression du système, à partir du moment où les rapports réels de vie et de production deviennent des rapports sociaux objectivés dominants. La base ultime de toutes les crises réelles réside, en somme, toujours dans la limitation de la consommation des masses par rapport à la capacité à développer tellement les forces productives jusqu’à rendre illimitée la capacité de consommation.

Les contradictions du capitalisme naissent de la contradiction entre valeur d’usage et valeur d’échange, contradiction qui transforme l’accumulation du capital en accumulation de paupérisation. Si le capitalisme se développe du côté de la valeur, il détruit aussi, dans le même temps et l’égale mesure, sa propre base en réduisant la part des producteurs qui bénéficient de ses produits. Il n’est pas possible d’éliminer de façon absolue de la surface de la terre la partie exclue, soit parce que l’instinct naturel d’autoconservation de l’humanité est plus fort qu’une relation sociale, soit parce que le capital n’existe que s’il exploite des travailleurs, et il est difficile de pouvoir exploiter des travailleurs morts…

Ce n’est toutefois pas la sous-consommation, qu’elle soit relative ou absolue, qui provoque l’armée de réserve industrielle, spécifiquement la masse des sans-emploi, mais se sont plutôt la sous-consommation ou la masse de profit insuffisante, l’impossibilité d’intensifier l’exploitation dans la mesure nécessaire, la perte de perspective pour une future accumulation rentable, qui sont les facteurs qui provoquent crises et dé-intégration dans la classe

La plus-value produite est insuffisante pour répondre aux besoins de l’accumulation suivante sur la base de la production de profit et ne peut être réinvestie. Comme il a été produit trop peu de capital, il ne peut travailler comme capital, c’est pour cela que nous parlons de sous-accumulation de capital. Aussi longtemps qu’il était possible d’agrandir suffisamment la masse de plus-value pour une accumulation ultérieure, on ne faisait que passer d’une crise à l’autre, interrompue de périodes de prospérité. Aussi longtemps qu’il était possible dans les moments périlleux de la crise d’augmenter l’appropriation de la plus-value par l’intensification de l’exploitation à travers le processus d’expansion, il était possible de surmonter la crise, mais seulement pour la la retrouver plus tard à un niveau de développement plus élevé. C’est là où les tendances qui s’opposent à l’effondrement sont éliminées, ou ont perdu de leur efficacité pour répondre aux besoins de l’accumulation, qu’est validée la loi de l’effondrement. En ce sens, l’abstraction de Marx du capitalisme « pur » et de la loi de la valeur se révèlent comme des lois internes à la réalité concrète capitaliste, lois qui déterminent, en ultime instance, le développement nécessaire .

Nous pensons que c’est l’opposition des classes, inhérente aux rapports de production, qui détermine le type de lutte des classes et non l’inverse. Si, d’un côté les organisations formelles peuvent accélérer le développement général pour abréger les douleurs de l’enfantement de la nouvelle société, elle peuvent aussi ralentir le développement et constituer une obstacle sur cette voie. Nous ne pensons pas que la différence entre les organisations peut être imputée aux principes exprimés, y inclut le principe même de prétendre être la vraie organisation de classe opposée aux fausses organisations. On assiste souvent à une radicalisation des énoncés et d’actions spécifiques qui devraient leur conférer le statut de la vraie organisation révolutionnaire. L’hypothèse sous-jacente est toujours la même, une séparation entre pratique révolutionnaire et mouvement de classe, ce qui amène à considérer comme indispensable le rôle des organisations quand celles-ci prétendent être les dépositaires de la conscience de classe.

L’affirmation selon laquelle sans conscience de classe cristallisée dans une idéologie une révolution serait impossible (la sempiternelle litanie : il y a les conditions objectives mais il manque les conditions subjectives, le parti, la conscience, etc…) circonscrit l’action révolutionnaire au contexte conçu par l’organisation qui, indépendamment de l’apparition d’un réel processus révolutionnaire, a préalablement défini en quoi il consiste . L’historicisme de ces élaborations se termine là où il devrait commencer à définir le processus le processus révolutionnaire. Dans une période révolutionnaire, conscience et être apparaissent nécessairement dans leur unité indistincte au sein de la classe et de toute la société dont les organisations représentent des milieux plus ou moins étendus. En outre, l’extension des contradictions du capital et leur dépassement ne sont pas uniquement liées à des choix conscients de regroupements plus ou moins larges, mais au rapport réciproque entre les conditions objectives et leur dépassement plus ou moins conscient dans lequel les organisations de classe coexistent. Nous pensons que l’adaptation des organisations aux conditions historiques spécifiques, expressions de la classe dans les différents moments où elle n’exprime pas la nécessité d’un changement révolutionnaire, a favorisé la création d’organisations capables de gérer l’intégration du prolétariat aux exigences de l’accumulation. Ce mécanisme adaptatif amène les organisations à disparaître ( ce qui implique qu’elles perdent leur pertinence) ou à s’adapter et, dans ce cas, elles deviennent une limite au développement du mouvement de classe, parce qu’elles expriment les besoins d’intégration au capital.

Si nous utilisons le terme conscience de classe, ce n’est pas dans un sens idéologique, mais parce qu’il représente les besoins matériels vitaux des masses.

Les mêmes formes organisationnelles, la même auto-organisation qui n’est pas un produit du mécanisme décrit ci-dessus, n’est certainement pas la solution parfaite, de même qu’une auto-organisation de prolétaires ne garantit pas les intérêts historiques de classe, en se maintenant toujours dans le mécanisme subjectif-objectif, dans un rapport dialectique unitaire c’est-à-dire dans le rapport entre lutte des classes et accumulation du capital lui-même.

Dans un processus historique concret, l’opposition de la classe a comme corollaire nécessaire le développement de nouveaux rapports sociaux qui ne se limitent pas à l’aspect syndical de l’affrontement des classes, mais s’étendent à toutes les formes de conflit et de coopération mis en œuvre par la classe et par les regroupements de prolétaires plus ou moins étendus.

Cette dynamique apparaît même dans une petite lutte quand se développent de nouveaux rapports sociaux, qui sont la découverte de la vie par l’homme, et c’est dans ce sens qu’il faut voir notre intérêt pour l’expérience prolétarienne des luttes. Dans un processus de dé-intégration du capital apparaît la dichotomie entre conflit et mutualisme, formes qui s’échangent réciproquement, car elle recouvrent un contenu différent. Dans ce sens, participer à une lutte des travailleurs sur un poste de travail, à une manifestation rompant la concertation politique, ou occuper des bâtiments, exproprier et distribuer gratuitement, sont des aspects de cette dynamique. Nous pensons par exemple au délabrement des services publics et sociaux, à la séparation entre les secteurs de travailleurs et les organismes étatiques de gestion de la reproduction de la force de travail comme ceux de la santé ou de l’enseignement, etc., cette dynamique pourrait susciter une réaction permettant de surmonter la mystification de l’ « État social », des groupes de travailleurs pourraient commencer à gérer ces aspects en se réappropriant directement leurs propres connaissances, mais une même dynamique peut également s’enclencher sur un plan bien plus général si elle est comprise dans toute sa puissance. Il n’est pas question de réunir propriété et travail, mais retrouver une activité humaine, chargée d’un sens plus profond sur ce qu’est la production, et qui n’a pas de limite dans sa dynamique collective. Ce pourrait être l’expérience de possibilités différentes de celles déterminées par le capital pour satisfaire les besoins sociaux qui, à leur tour, mettent en cause les vieilles nécessités et s’ouvrant à de nouvelles. C’est la possibilité de trouver une concordance entre rapports sociaux et rapports de production. Autant le conflit que le mutualisme sont des éléments qui servent le capital, autant ils peuvent être des éléments de rupture dans certains contextes. Ils doivent être pris dans leur spécificité historique actuelle dans laquelle ces actions marquent une volonté de rupture dans leur vécu qui à leur tour mènent à de nouvelles connexions entre elles.

Pendant que se développent des connexions au cours de ces moments de ruptures, il est inévitable que s’altère l’apparente loi naturelle de la production capitaliste -la loi de la valeur. Chaque connexion entre ces moments, entre les différents secteurs de la classe qui réalisent ces ruptures, perturbe fortement celui qui croit à la loi éternelle du capital.

Il ne fait pas de doute que la radicalité de telles actions et de telles dynamiques croît dans le moment où sont mis en discussion le mode de production capitaliste et l’État qui, il ne faut pas l’oublier, détiennent le monopole de la violence.

De notre point de vue, cette dynamique disqualifie autant les nouveaux Principes de Machiavel comme la fuite en arrière, le néo-primitivisme ou le localisme communautaire (il ne peut y avoir un en dehors du capital, si ce n’est sur celui de la rupture). On peut saisir la charge critique envers l’économie et la politique en participant à cette dynamique de dé-intégration du capital, au saut quantitatif devenant qualitatif quand de nouveaux rapports de production se manifestent. Au sein d’un processus de dé-intégration, de nouveaux rapports sociaux peuvent renverser les rapports de production, étant donné qu’ils sont incompatibles avec l’accumulation, ils peuvent s’orienter vers l’abandon d’une pratique comptable d’intégration de classe (et des organisations qui continuent à s’en faire l’expression) et parvenir à s’imposer comme le nouveau point d’appui pour le changement de la société.

Ce processus n’est pas la conséquence d’une d’une plus grande conscience du mouvement de classe, cette conscience suit la capacité de la classe de prendre en charge les changements historiques significatifs à la suite de la crise des rapports capitalistes qui traversent la société.

Au fond, le rôle, s’il est réel, des pro-révolutionnaires est celui de révéler ces tendances : l’historicité du capitalisme et de ses lois, et le dévoilement de la possibilité d’une nouvelle humanité niant le capitalisme.
Dans ce sens, un travail de connexion et de recherche entre camarades de divers pays vaux plus que dix milles appels à la révolution ou à la constitution de nouvelles organisations. Notre effort collectif, dans ses inévitables limites, est déjà une anticipation, et son efficacité ne se démontrera pas dans la quantité de numéros vendus, mais dans la pratique effective de nouveaux rapports sociaux se généralisant et se reliant, affectant les rapports de production et détruisant la logique même du capital.

Eté 2012, Italie

Rédaction de Connessioni per la lotta di classe

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Merde in France (english)

Today, the crisis hasn’t hit France like it has Greece, Italy, Spain, Ireland, Portugal, etc. That doesn’t mean it won’t. But for now austerity programs haven’t halved salaries and the state still provides a certain degree of social protection to the population (social security [healthcare], family allocations, unemployment benefits, RSA [allocations paid to people with zero income; this allocation is distinct from unemployment benefits, which are based on the previous salary and temporary in nature], housing assistance…)

Why hasn’t the crisis hit us full on? A few clues—

Let’s keep in mind that France is one of the top ten economic powers worldwide. That it was one of the founding countries of the European Union and of the Euro Zone, and that it benefited from the EU common market. That it was a colonial empire, and that it continues to profit from its colonial heritage. In short, France has a privileged place on the global chessboard.

France enjoyed general growth between 1945 and 1973. Its businesses prospered during these “thirty glorious years” [“les trente glorieuses”] thanks to a proletariat at optimal productivity, educated, trained, and kept in good health by a strong welfare state, with a steadily growing standard of living.

Let’s also remember that, at the end of the Second World War, very large public enterprises were founded in France (like Agence France Presse [equivalent of Reuters]) and other big businesses were nationalized (Renault); these events, added to the nationalizations of 1936, contributed to a pool of public enterprises of great consequence and profit.

Then there’s what is generally referred to as the “Fordist compromise”: raise salaries in exchange for increased productivity and intensified consumption (the art of giving more to take more). This worked well in France, where collective accords are negotiated at a national level by unions and bosses in concert. In these negotiations, the unions always were always the partners of the patronat [ordinarily the management, but here as a global concept, the “boss-iarchy”], co-managing labor forces and containing conflicts [or “struggles”].

Finally, the French state is particularly well endowed for maintaining a situation like this one: centralized since the 16th century, it has outfitted itself with a strong administration and constructed an effective police network throughout its territory, with know-how and state-of-the-art material. All that, while remaining a social welfare state.

Nevertheless, France isn’t the village of Astérix, and it hasn’t escaped the general crisis of capital or the processes of restructuring that have been its consequence since the 1970s. Businesses are offshored, others scaled down in staff or closed; 9.5% of the active (and declared) job force was unemployed at the end of 2011, the cost of living is rising much faster than salaries, while indirect revenues issuing from social programs have receded progressively—putting an end to the Fordist compromise.

Public companies have been privatized and public sectors are run more and more for profit.

And so since the 80s, struggles in France have become more and more defensive: one hardly ever fights for a pay raise, but just to keep one’s job, one’s standard of living, or to obtain better conditions of severance [e.g. severance packages].

Parallel to these union struggles (negotiations with the patronat and/or the state), another phenomenon has begun to develop: the urban revolts, the riots of “the suburbs [banlieue]” which exploded in 2005 more or less everywhere in the country, with daily confrontations with the police, attacks on business, the destruction [saccages et incendies] of public buildings.

Thus, the proletariat struggles at different levels, making defensive demands on one level, and on another demanding nothing at all and confronting the police and the infrastructures of the state directly, pillaging and destroying the commodities which ordinarily it could hardly afford.

The most emblematic of these defensive struggles are those that take place before the closing of a factory, e.g. the workers at Cellatex in 2000. These latter threatened to blow up their factory and to dump thousands of liters of sulphuric acid in the river nearby to obtain a special compensation for their severance, more than 22000 Euros, and certain guarantees pertaining to the repurposing of the factory site.

This means of exerting pressure, which was ubiquitous in the following decade, may seem somewhat spectacular. But, aside from the fact that this kind of action is in direct relationship to the violence of capitalist attacks, it must also be located in the context of a history of militant syndicalism and of practices of direct action.

The unions, though they knew how to play these practices to their own advantage, weren’t always able to master the actions of the workers, for example, the practice of taking managers hostage, of violently occupying workplaces, of destroying merchandise and equipment—actions undertaken by an “out-of-control” [déchaînée] base, practices that have multiplied in the last years as workplaces close. Hence the numerous conflicts we have seen between unions and their base.

The motor of the capitalist mode of production is the constant increase of profits. To secure such growth in a crisis situation, it is necessary to diminish the global cost of work (increasing productivity, creating geographic tax havens [zones franches], lowering taxes and social fees…), and, to this end, to make labor more and more flexible and precarious (hours subject to arbitrary changes, contracts whose duration the employer can modify at will, temporary work, outsourcing of elements of the production line, forcing workers into freelance…)

In consequence, the political leaders in France have undertaken to reform the work contract [contrat de travail refers here to regulations and guarantees pertaining to work in general] and to diminish any spending tied to the reproduction of the labor force (health, education, retirement and various social aids).

With regard to the contrat de travail, one of the most important reforms had to do with the conditions of retirement.

These reforms, begun in 1993, provoked resistance [lutte] movements in Fall 2010. Since the end of March, unions had already organized 7 days of action and protest against this reform. In October a series of renewable strikes began (in no particular order: transit workers, truck drivers, oil refineries, garbage men, city workers, dining hall workers, day cares and bus drivers in Marseille, high schools and universities…) which lasted until the end of November.

These contestations ended [se solde par] in total failure and the reform followed its course inexorably. For the first time, the French state refused to make any concessions, and showed that no demands would be heard—whereas previous reforms of the contrat de travail had been modified or annulled under pressure (for example the Juppé plan of 1995, or the First Employment Contract of 2006.)

Having failed in terms of the “political objectives” envisioned by the unions (which managed nonetheless to exhaust these struggles by declaring 14 days of action and protest in 8 months!), the movement made evident the weakness of this level of struggle in view of the violence of an attack sharpened by the crisis and in view of a relation of force quite neatly in favor of capital.

Nonetheless, the movement also witnessed a development of tactics of struggle [pratiques de luttes] well beyond the context of the refusal of the reform of the retirement system, because this reform, like the retirement system itself, has its condition of possibility in the fact that the purchasing of labor power contains in itself the costs of keeping labor productive, the costs of its survival and the survival of the household, and not just the market price of the worker. In this way, the proletariat, in a broad sensewas implicated, beyond the working class and beyond categories of age or activities directly concerned by the reform.

The growing obstacles to the strike as a tactic—and even more, of a strike plus occupation—(in particular, the loss of income of the participants which is impossible in the present situation, fear of losing one’s job or of endangering the business on which it depends, restrictions on the right to strike in certain sectors, as well as the fact that workers at the same business are often quite isolated from each other…) and the impossibility for a non-negligable portion of the population of participting in strikes (the unemployed, temps, the precarious, assistés sociux, black-market works, sans papiers…) have favored the following development:

–       The practice of “blocking,” beyond the workplace, for example:

o   Blocking refineries and trash incineration sites at every entry (without, alas, being able to stop the incinerators completely because doing so would have necessitated a costly effort to start them up again that the unions were vigilant in avoiding)

o   Blocking, as did municipal workers in other sectors, a trash incinerator whose personnel were not themselves declared in favor of strike

o   Calling for outside individuals and groups to join in such actions.

These practices may potentially permit strikes and actions of blocking to be dissociated from one another, or associated with some degree of freedom, and may make it possible to open workplaces and collectives of struggle to all, knowing that even the most “inviting” [inviteurs] unions have kept an watchful and vigilant eye on such participation!

o   Holding “interprofessional general assemblies”, anti- or para-syndical instances that integrate workers that are unionized as well as those that are not, that integrate the unemployed, the recarious, the retired, students, those who receive the RSA or other minima, etc. … These GAs attempt to coordinate directly on a global principle rather than on the basis of a profession, a craft, a sector, a business. Unfortunately, they are often saturated with [investi par] groups of the extreme left, which give them an organizational and avant-gardiste direction [sens].

And, to these two phenomena, another must be added:

–       The fact that this movement has entered into synergy with a series of prior and/or parallel conflicts pertaining to wages or working conditions, especially in oil refineries and public or parapublic enterprises (the Parisian hospitals, the Louvre, the national archives, the trash collectors, the port workers of Marseille…)

–       The strong mobilization of high schoolers, who are not yet integrated into the world of labor but have reacted to their future exploitation, with violence if necessary (the destructions in the centre-ville of Lyon and at the Tribunal de commerce of Nanterre)

In this context, one understands why slogans like “Block the economy” [bloquons l’économie] have appeared. Even if this slogan is no more “revolutionary” (it isn’t “destroy the economy”) than it is effective (the least one can say is that the French economy hasn’t been more than very moderately “blocked”!!!), it has the interest of escaping the sphere of partial demands and taking on the economy itself, directly.

From the point of view of the reproduction of the labor forces, the reforms pertaining to the reduction of spending in health and education and, more generally, the various strategies whose goal is to make public services cost effective [rentabilisation], the increase in payments [cotisations] for social services and the increase in taxes [we are talking about taxes, similar to payroll taxes, exacted from the proletariat], the reductions and suppressions of minimas sociaux [for example the RSA, mentioned above]… If such reforms have been put in place progressively since the 80s, they were emboldened and accentuated after the crisis in 2008, making survival more and more difficult for the majority of the population, so much the more so for precarious workers, the “reserve army” of labor, and for surplus workers [surnuméraires] for whom capital no longer has any use. These latter find employment only in the informal economy, which belongs nonetheless, in reality, to the global economy.

This situation implies a growing social control on the part of the state effected by an escalating repressive force: closing borders, hunting sans-papiers, tyrannical conditions for obtaining or keeping unemployment benefits and minima sociaux [RSA, etc.], cutting gas or electricity, expulsions in all seasons, locking up young deviants etc… these tactics are becoming our everyday landscape and regularly provoke resistance and revolts among the proletarians who are suffering from the metastasis of their financial difficulties and a repressive government more and more present…

International bulletin about crisis – (RISC Paris), France, February 2012

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La crise. Quelle crise ?

1ère Partie

Crise :

ce mot qui sonne bref, inachevé, nous est asséné depuis des décennies. À heure régulière, on nous informe, on nous rappelle, on nous prévient que « c’est la crise ». Notre rapport au temps a changé. Alors qu’une crise économique se caractérisait traditionnellement par sa brutalité et sa brièveté, voilà que la crise des années 1970 dure depuis quarante ans.

Si le mot crise, qui désigne la perturbation d’un ordre, d’un équilibre (physiologique, psychologique, économique, politique, etc.) est inquiétant, puisque selon ses origines latines il touche au vital, il a fini, dans le champ social, par ne plus rien désigner de précis, ne plus rien vouloir dire de tangible. Il est devenu une sorte de cache-sexe derrière lequel se planque désormais le réel pudibond. Son galvaudage révèle, au mieux, le caractère illusoire et trompeur d’un ordre des choses qu’on croyait, avec la bénédiction des prêtres de la démocratie et de l’économie de marché, immuable.

Un quidam qui a aujourd’hui moins de quarante ans est né avec ce mot. Il lui colle aux basques, du biberon jusqu’à l’école, et du turbin jusqu’au chomdu. Pour cet homo œconomicus qu’on dit désenchanté, la crise est ce mot vague et diffus qui imprègne tous les aspects de son existence. Mais sa connotation négative s’est égarée dans un abus de langage, si ce n’est dans un langage désabusé.

Il faut pourtant bien admettre que depuis 2008, un cap a été franchi, qui a permis à ce fameux terme de reprendre du poil de la bête. Il a retrouvé de la prestance, de l’épaisseur. Ce n’est pas un Grec qui dirait le contraire. Pour résumer : ça craint. Finie la pignolade. Les sourires des politiciens sont plus crispés. Les experts ont des regards fuyants. Et la télévision nous répète inlassablement qu’il va falloir faire un effort et se serrer la ceinture.

Aujourd’hui, l’enthousiasme des gestionnaires de ce monde est en berne. Précautionneusement, ils admettent que la machine s’emballe et que le système financier part à vau-l’eau. Ce serait donc de la faute de la finance, des agences de notation ou même des PIGS (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne) qui ne savent pas gérer leurs économies. Plutôt que de chercher les causes des crises dans le fondement du système, ils les trouvent toujours à l’extérieur de celui-ci, ou estiment tout au mieux qu’il ne s’agit que de dysfonctionnements et déséquilibres.

Alors que se passe-t-il ? L’économie s’avère imprévisible, et plus les spécialistes défilent sur les plateaux télé moins on y comprend quelque chose. S’ils ne peuvent cacher bien longtemps qu’ils naviguent à vue dans les marais de la finance, ils nous rappellent aussi avec force combien notre propre monde nous paraît étranger et les causes réelles de la crise ténébreuses. Des phénomènes se succèdent mais le pourquoi de l’ensemble n’est jamais abordé.

Il est donc inutile de se joindre à cette meute d’experts. Tout au contraire, une critique radicale de l’économie s’impose. Il s’agira donc de se détacher des particularités de cette crise, tout en essayant, à travers celle-ci, d’entrevoir le fonctionnement global du monde capitaliste.

Si, concernant les aboutissants de cette crise l’incertitude reste de mise, sans jouer au diseur de bonne aventure, il est possible d’affirmer que les politiques de rigueur et d’austérité n’en sont qu’à leurs débuts. Les porte-parole de l’économie que sont les politiciens ne se cachent d’ailleurs plus pour nous annoncer que demain sera pire. Ça a le mérite d’être clair, on ne fait pas route vers le pays de Cocagne…

Alors que les conditions empirent, qu’il nous faut trimer davantage, ou qu’il n’y a plus de boulot mais qu’il faut bien remplir le frigo, il nous est nécessaire de se pencher sur ce qui apparaît comme l’ordre naturel des choses : aller bosser sans avoir le pouvoir de décider ce qu’on va y faire, comment le faire, et surtout pourquoi le faire. Donc analyser les rapports sociaux dans un monde de marchandises.

Dans ce monde, la vie est conditionnée par le travail. Il faut produire pour produire. Sans fin.

Capital financier et capital productif sont les deux faces de la même monnaie

Comme chacun le sait, le capitalisme ne brille pas par son altruisme, et si les capitalistes, qui possèdent les moyens de production, produisent des marchandises ce n’est pas parce qu’elles sont utiles mais bien pour faire des profits. Ils investissent leur argent pour les produire et les vendre avec bénéfice. Le capital existe donc d’abord sous la forme d’argent, puis de marchandise, puis de nouveau d’argent, et ainsi de suite. Ce sont, si l’on peut dire, les deux faces de la même monnaie. L’existence du capital financier est liée à celle du capital industriel ou productif.

Il est courant, en particulier chez les nationalistes de gauche, d’opposer la finance au capital industriel, comme s’il y avait un « bon capitalisme », industriel et productif, et un « mauvais capitalisme », financier et spéculatif. Mais un simple examen du fonctionnement du capitalisme montre que les deux sont indissociablement liés. Certes, il existe des effets de « bulles » spéculatives, c’est-à-dire que la valeur financière d’une entreprise n’a plus de rapport direct avec celle de sa production, mais c’est un effet secondaire, un dommage collatéral de l’existence même du capital et pas une perversion de celui-ci.

Pour créer une entreprise ou la développer, il faut de l’argent, des capitaux : c’est le rôle des actions, qui représentent autant de parts de ce capital. Chaque action représente aussi un droit sur une part des bénéfices, puisque ce capital est investi en vue d’un bénéfice. Ces actions peuvent être vendues, cédant ainsi le droit sur les bénéfices : les capitalistes déplacent leurs capitaux au fur et à mesure en fonction de la confiance qu’ils ont dans les profits à venir. S’ils pensent que les profits seront importants, ils conservent leurs actions, s’ils croient qu’ils seront en baisse, ils tentent de vendre. C’est ce système de marché, aussi ancien que le capital lui-même qui détermine le cours des actions, qui n’a donc qu’un rapport indirect avec leur valeur initiale comme capital. Le système est donc indissociable du capitalisme, qui ne peut fonctionner sans actions et autres produits financiers indispensables à son expansion. Il est vital pour les capitalistes de toujours investir dans de nouveaux moyens de production pour renouveler leurs marchandises. Mais le risque de crise, de spéculation, de hausses et de chutes soudaines du cours des actions, y est inhérent. Les multiples dispositifs anticrise mis en place dans le système boursier tentent d’encadrer ce risque aujourd’hui, mais ne peuvent le supprimer sans paralyser le système dans son ensemble. C’est une économie dynamique et par essence instable, contrainte à une croissance infinie.

Le « monde de la finance » et le « monde industriel » forment bien un tout inséparable.

Cependant les plaintes contre le « mauvais » capitalisme financier ne résultent pas d’une incompréhension du système, mais d’une perspective différente : il s’agit tout d’abord d’occulter que le capitalisme est un système basé sur l’exploitation du travail salarié.

Chaque marchandise renferme une quantité de travail, c’est-à-dire qu’elle cristallise un morceau de vie passé au turbin.

Et ce travail est justement ce que les classes supérieures s’approprient, soit par le servage, par l’esclavage, ou en l’achetant sous sa forme marchande dans le capitalisme.

En effet, dans le capitalisme le temps de travail est lui même devenu une marchandise, et pas n’importe laquelle ! C’est la reine des marchandises. Celle qui permet de créer de la valeur, de faire des profits.

La force de travail est donc une marchandise que le travailleur censément libre vend à un capitaliste moins cher qu’elle ne rapporte à ce dernier. C’est la loi fondamentale du mode de production capitaliste.

La marchandise-travail est le véritable moteur du « bon capitalisme » productif, ce qui fait de lui la plus puissante organisation d’extorsion des salariés.

Les plaintes contre le « mauvais » capitalisme spéculatif reflètent aussi la vieille rengaine social-démocrate qui fait appel à l’État en particulier lorsque le capitalisme connaît de trop fortes turbulences.

Mais penser que l’État et le capitalisme sont deux choses séparées c’est se mettre le doigt dans l’œil. Le discours qui consiste à nous vendre l’État comme l’organe qui nous protégerait du capitalisme est un discours fallacieux. L’État contemporain est intrinsèquement lié à l’économie capitaliste, les finances de l’État sont prélevées sur l’économie dans le cadre de l’exploitation salariale. Autant faire se peut, l’État doit en contrepartie garantir la bonne marche du système : livrer au Capital une force de travail formée à ses nécessités, sécuriser la propriété (en particulier des moyens de production) et imposer une « cohésion sociale » ou plutôt un contrôle social qui permette à l’économie son meilleur fonctionnement. C’est aussi la pièce maîtresse du système qui garantit la valeur de la monnaie même lorsque celle-ci est émise par une banque centrale privée.

L’État, alors indispensable au Capital, n’a d’autre choix que de se soumettre à ces nécessités qui sont tout autant les siennes. Et partout où la gauche parlementaire avec ses « promesses de changement » a gagné le pouvoir à travers le jeu électoral, elle n’a eu d’autre choix que de se plier aux besoins de l’économie. Ainsi aux États-Unis ou en Europe chaque vote de budget ou de référendum qui contrarie les impératifs économiques est contourné.

Il y a crise et crise

Quand on parle de crise, il faut préciser de quoi on parle. Des licenciements massifs, la précarité qui se généralise, le blocage des salaires, les fermetures de classes ou de lits d’hôpitaux, constituent une crise sociale, sensible dans la vie quotidienne des travailleurs et des chômeurs, mais ça ne constitue pas en soi une crise pour les capitalistes.

Le fait que des entreprises licencient alors qu’elles font des bénéfices suscite toujours scandale et incompréhension chez les salariés. Mais dans le jeu de la concurrence c’est précisément pour augmenter leurs bénéfices qu’elles licencient : si elles parviennent à conserver le même niveau de production, ou à l’augmenter, tout en dépensant moins pour les salaires c’est bingo ! Un patron peut licencier parce que de nouvelles machines permettent d’augmenter la productivité avec moins de personnel, ou parce que ça revient moins cher de produire dans un pays où les conditions d’exploitation sont plus favorables. Ce qui compte alors pour lui n’est pas de savoir si l’usine est encore rentable, comme le rappellent fréquemment des ouvriers licenciés, mais de savoir où les capitaux seront les plus rentables. Ainsi les plans sociaux peuvent être suivis d’une hausse du cours des actions : les actionnaires savent que c’est bon signe pour les profits à venir. Ce qui peut constituer une catastrophe dans la vie du salarié qui perd son emploi, une crise sociale pour la classe ouvrière, n’est pas dans ce cas une crise pour les patrons, mais une restructuration qui permet de faire progresser les profits.

À grande échelle, les licenciements massifs et la fragmentation des entreprises européennes en petites unités, en chaînes de sous-traitants, a été depuis plus de trente ans la réponse aux luttes sociales de la classe ouvrière. En effet, à partir du milieu des années soixante, la bourgeoisie n’a pas hésité à liquider des secteurs entiers (mines, sidérurgie, textile…) et à fermer la plupart des « citadelles ouvrières » afin de limiter l’impact des grèves et de réduire le coût de l’exploitation. De plus, le chômage massif exercera à partir de ce moment une pression constante sur les luttes, face au chantage patronal menaçant la fermeture d’usines. Le but étant de casser les solidarités, briser les acquis sociaux et faire pression sur les salaires.

Pendant une longue période, l’État a englobé une large partie du « salaire indirect ». Le salaire, dans le capitalisme avancé, ne se réduit pas à ce qui est en bas de la fiche de paie.

Le salaire inclut aussi pour les patrons l’ensemble des coûts qui sont imposés par la législation tels que les normes d’hygiène, de sécurité au travail, etc. et surtout l’ensemble des charges « salariales » et « patronales ». Pour les salariés une part de l’impôt est donc, dans la pratique, assimilable à un salaire indirect. Et lorsqu’en pleine crise de la dette publique l’État réduit ses dépenses, c’est bien le salaire indirect qui est attaqué. Cela signifie donc que nous valons moins sur le marché du travail.

Le mot crise représente un événement ponctuel, un déséquilibre. Si cela dure quarante ans, ce n’est pas une crise, mais le fonctionnement « normal » du capitalisme. Ce sont plutôt les Trente glorieuses, cette longue période de croissance économique après la Seconde Guerre mondiale, qui a constitué pour les « pays développés » l’exception et non la règle.

Le phénomène de crises cycliques est connu dans l’histoire du capitalisme depuis plus de deux siècles. Avec des durées variables, qui enchaînent phase de croissance, stagnation, fermetures massives d’entreprises et de filières, puis retour de la croissance. Dans la mesure où les périodes de faillites d’entreprises favorisent la concentration économique, c’est-à-dire la constitution de trusts de plus en plus puissants, on peut dire que la crise fait partie de la dynamique même du système. Les « mégafusions » d’entreprises à l’échelle planétaire font partie de ce phénomène. C’est ce qui explique qu’en dépit d’une crise sociale, les bénéfices des plus grandes entreprises, celles du CAC 40, ou du Nasdaq, sont énormes. On ne peut pas comprendre le capitalisme comme un système stable dans lequel la crise serait une dérive. Autrement dit, la crise fait partie intégrante du capitalisme, elle en constitue l’un des traits normaux et non l’exception.

Mais rien est éternel. Et le capitalisme n’échappera pas à cet adage. Sa propre instabilité peut provoquer les conditions de son dépassement.

                                                            2ème partie

Un capital fictif… et pourtant bien réel .

Le principal problème du système c’est d’écouler ses marchandises, il lui faut donc des consommateurs solvables. Il semblait que la classe ouvrière avait ouvert la voie à une solution en luttant pour les salaires. Des salaires relativement élevés garantissaient l’accès à la consommation de masse dans une certaine limite, rapidement atteinte. Au-delà, de cette limite il reste le crédit. Il s’agit d’avancer au salarié son salaire de plusieurs mois, ou plusieurs années pour qu’il puisse consommer, acheter sa voiture, sa maison, et une multitude de biens. Autrement dit, il dépense à l’avance le produit de son travail futur, ce qui l’enchaîne un peu plus au salariat. Très concrètement, on a tous entendu dans les luttes le refrain: « je peux pas faire grève, y a les crédits qui courent ».

En apparence, la crise actuelle se déroule dans la sphère du capital fictif – les instruments de crédit comme les lettres de change, bons, actions, … , qui donnent droit à un revenu futur mais qui sont déjà considérés comme capital. C’est ce qui rend cette crise difficilement compréhensible.

Elle n’en est pas moins la répercussion d’une crise de surproduction la plus classique qui soit. Il ne s’agit pas d’une surproduction par rapport aux besoins de l’humanité, mais par rapport aux consommateurs solvables, en mesure de payer. Autrement dit, c’est un trop plein d’investissements dans une branche de la production.

Par exemple, un capitaliste investit de l’argent dans la fabrication d’une maison, qu’il destine à être vendue – simple opération lucrative pour ne pas dire vénale. Mais, s’il ne parvient pas à vendre la maison, ou pas au prix qu’il en attendait, faute d’acheteur solvable, il réalise des pertes plutôt que des bénéfices, ou pire, reste avec sa maison sur les bras… et la faillite le guette.

À grande échelle, nous n’avons plus un capitaliste qui construit une maison, mais des capitalistes qui construisent des lotissements et des logements par milliers. Ils investissent des masses de capitaux importants, toujours d’en l’espoir d’en retirer des bénéfices.

Avec le crédit, des banques peuvent prêter de l’argent à des acheteurs pour qu’ils puissent s’installer dans ces maisons neuves. Pour nos fabricants de maisons, la question est résolue : au cas où les acheteurs ne peuvent plus rembourser leurs traites, c’est devenu l’affaire de la banque et non plus la leur.

Puisque les acheteurs remboursent régulièrement de l’argent et qu’ils rembourseront, à terme, plus d’argent qu’ils n’en ont emprunté, la reconnaissance de dette devient un papier qui rapporte à celui qui la détient. Mais elle contient aussi le risque de ne pas être remboursé, si l’emprunteur se révélait insolvable. Pour la banque, il existe alors une solution : revendre ce papier sur le marché, qui contient à la fois un argent potentiel et un risque potentiel.

Pour celui qui achète ce papier, il n’y a plus de lien direct avec une maison, ou un ensemble de maisons, mais seulement de l’argent déconnecté de la marchandise-maison. On peut l’acheter, le vendre, et spéculer dessus. On est alors dans la sphère de l’argent qui engendrerait de l’argent.

Or, que se passe-t-il, si massivement, les bénéficiaires de ces prêts, se révèlent incapables de rembourser leurs traites ? Les reconnaissances de dette ne valent en réalité plus rien, ou sont suspectes de ne rien valoir, et leurs possesseurs cherchent à s’en défaire. Voici des « propriétaires » expulsés en masse, des banques qui se retrouvent en possession de maisons d’autant plus invendables, et des financiers au portefeuille plein de titres sans valeur. Cette situation engendre une méfiance généralisée sur le crédit, puisque les banques ne veulent pas perdre plus qu’elles n’ont déjà perdu, et l’économie, qui repose sur le crédit, tourne au ralenti. Ce qui provoque des licenciements massifs dans le secteur du bâtiment, puis s’étend par effet dominos. La crise, au lieu de se manifester sous la forme d’une crise de surproduction, s’est déplacée dans le capital fictif. Mais celle-ci n’est pas virtuelle pour autant. C’est de manière simplifiée, ce qui s’est passé lors de la fameuse crise des subprimes partie des États-Unis en 2008 et qui a déstabilisé l’économie mondiale.

Cet exemple montre comment fonctionne le « capital fictif » (fictif parce qu’il peut être relativement déconnecté de la production), son imbrication dans « l’économie réelle » (celle de la production), et ses implications directes dans la vie de chacun.

À l’aube du XIXe siècle, la révolte des Luddites en Angleterre s’attaquaient au métier à tisser, qui représentait pour ces artisans tisserands l’arrivée du mode de production capitaliste. Aujourd’hui ceux qui prennent pour cible le capital fictif ou la finance reconnaissent comme « naturel » ce mode de production mais s’attaquent à ce qu’ils considèrent comme ses dérives. C’est encore attaquer les conséquences et non les causes, la mondialisation et la financiarisation sont des changements nécessaires à l’expansion du capitalisme. Autrement dit, si l’on pense devoir s’opposer aux horreurs du capitalisme mondialisé, il est primordial de mettre en perspective une remise en question fondamentale de l’économie et de l’ensemble du rapport social capitaliste.

Crise de la dette publique

Au-dela d’être un simple gestionnaire ou régulateur, l’État et lui seul a la capacité de mobiliser des fonds colossaux pour soutenir l’économie. Sa relative pérennité, la masse financière qu’il représente, lui permettent d’assumer ce rôle, et ce, grâce aux possibilités de crédit qu’il peut contracter auprès de banques privées ou autres établissements financiers.

Et s’il a cette capacité d’emprunt, c’est parce que lui seul a le pouvoir de coercition suffisant lui permettant de « garantir » une certaine stabilité sociale et le prélèvement des impôts directs et indirects. En d’autres termes la quintessence de l’État c’est sa force armée et son pouvoir de soumettre le corps social.

C’est pour cela que les regards se tournent naturellement vers l’État lorsqu’ils s’agit de renflouer, voire de nationaliser, une banque ou une entreprise « trop grosse pour couler ».

Voici des siècles que les États empruntent pour boucler leur budget. Cette pratique est généralisée, même si les proportions varient en fonction des politiques de chaque pays. C’est donc un trait normal de l’économie capitaliste et une composante habituelle du budget des États. Durant les Trente glorieuses, cette période de croissance continue qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, la dette publique était même plébiscitée par les économistes et les politiciens comme un élément clef d’un marché en expansion dopé par les commandes publiques. Les prêts affluaient donc facilement, puisque les prêteurs avaient confiance dans le fait qu’ils seraient remboursés.

Lorsqu’une banque, une compagnie d’assurance, une société financière, etc., octroie un prêt à un État, elle ne le fait pas pour soutenir ce pays, mais d’abord parce que ça va lui rapporter des intérêts. Plus elle aura des garanties de remboursement moins les intérêts seront élevés, et bien sûr, à l’inverse, moins l’État en question paraît capable d’assurer ses paiements plus le prêt va lui coûter cher – le risque se paye. Tout comme pour les particuliers, les plus pauvres payent plus cher. Et pour savoir quelle est la viabilité économique des États, et donc à quel taux d’intérêt les prêts leur seront fixés, les fameuses agences de notation interviennent pour évaluer la confiance qui peut leur être accordée selon toute une série de critères technocratiques.

Quand on dit que le niveau de la dette atteint 87 % du PIB (produit intérieur brut) de la France, ou encore 97 % de celui de la Belgique, cela signifie que son montant équivaut à presque tout ce que les travailleurs produisent dans le pays en un an. Le montant de la dette augmente chaque année, quels que soient les gouvernements : pour la France, elle a quadruplé en trente ans.

Aujourd’hui cette confiance n’est donc plus accordée aussi facilement. Depuis une trentaine d’années le soutien de l’État à une économie en plein marasme le plonge dans un endettement de plus en plus critique. Des États, y compris dans l’Union européenne, sont susceptibles de faire faillite. En particulier suite à la crise des subprimes de 2008 qui a envoyé un violent doute sur le crédit. Il ne s’agit donc pas d’événements déconnectés les uns des autres, mais bien d’une réaction en chaîne. Les prêteurs exigent désormais plus de garanties. Ils exercent une lourde pression sur la politique économique et sociale des pays qui empruntent. Le Fond monétaire international a depuis des décennies imposé aux pays du « tiers-monde » des règles drastiques pour rembourser leur dette. En apparence, il s’agit de conseils visant à réduire les dépenses et augmenter les recettes. Dans les cas les plus difficiles, des fonctionnaires du FMI sont mis à disposition, au titre de l’assistance technique, pour mettre en place les réformes souhaitées – c’est-à-dire que les postes de hauts fonctionnaires sont doublés par des envoyés du FMI, qui prennent de fait le contrôle de l’administration tout en préservant l’apparence d’un État indépendant. Les élites locales, qui vivent des revenus de l’État, n’y trouvent pas grand chose à redire puisque leur survie dépend précisément de leur application docile des réformes. Ces dernières consistent essentiellement à adapter l’économie nationale aux besoins du capital international. Tant que la confiance régnait sur les capacités des pays développés à rembourser leur dette, les politiques d’austérité ne leurs étaient pas appliquées. Mais aujourd’hui, c’est sur ce modèle que sont basés les plans de rigueur en Europe.

En guise de conclusion

L’analyse de la crise est fondamentale pour anticiper les offensives du capital, et développer les outils nécessaires permettant de réfuter les appels à tous faire un effort pour « sauver l’économie ».

L’Union européenne, et en son sein la zone euro, est devenue un acteur majeur sur la scène internationale, et l’idée d’un véritable gouvernement économique de l’Europe fait son chemin. Face à la crise de la dette publique et aux risques de faillite d’États en Europe, il est tout à fait prévisible de voir l’Union européenne faire un pas de plus vers sa transformation en État fédéral.

Au-delà du débat entre partisans de l’Europe et eurosceptiques, il s’agit de prendre en compte cet embryon d’État européen. Et face à une réalité commune, il va s’avérer primordial d’unir nos luttes à l’échelle européenne.

De plus, face à cette évolution nous assistons à une montée des nationalismes de droite comme de gauche qui, truffés de fausse naïveté, ne défendent finalement qu’un système basé sur l’exploitation nationale. Mais on s’en tamponne que nos maîtres soient japonais, grecs, ou français. Le problème c’est qu’il y ait encore des patrons, encore des maîtres et des esclaves, même salariés. C’est l’absence de maîtrise sur nos conditions d’existence – et d’abord sur la production matérielle de ces conditions – qui établit notre incapacité à orienter nos vies collectives et personnelles. Le reste n’est que folklore surtout utile aux querelles entre différents capitaux nationaux.

La crise révèle la décadence d’un modèle déterminé de relation de classes, et depuis les mesures « anticrise » se profile un processus de restructuration de ces relations. Faire ressortir la lutte des classes, comme le véritable épicentre de la crise, permet de rompre avec l’impuissance. La crise va continuer d’intensifier les tensions sociales, durcir les conditions de vie, et aussi le besoin de s’affronter à ces conditions. Sommes-nous prêts ?

Le mot « crise » n’a pas qu’une connotation négative. Primitivement, le mot latin crisis (« phase décisive d’une maladie ») est emprunté au grec krisis qui désigne le jugement, la prise d’une décision importante. Il renvoie à un moment charnière face auquel il faut faire un choix.

Le moment est peut-être venu de faire ce choix.

Il y a un monde et de nouveaux rapports sociaux à construire.

Lille – 2012

 

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Merde in France (ελληνικά)

Σήμερα, η κρίση δεν έχει αγγίξει τη Γαλλία με τον ίδιο τρόπο όπως τις άλλες ευρωπαϊκές χώρες π.χ την Ελλάδα, την Ιταλία, την Ισπανία, την Ιρλανδία, την Πορτογαλία κτλ. Αυτό δεν σήμαινει ότι η κρίση δεν θα έρθει ποτέ αλλά επί της παρούσης τα μετρά λιτότητας δεν έχουν μειώσει τους μισθούς κατά το ήμισυ και οι μειώσεις του προϋπολογισμού δεν εμποδίζουν το κράτος να διατηρεί ακόμη μια κάποια ασπίδα κοινωνικής προστασίας ( κοινώνική ασφαλεία, οικογενειακά επιδόματα, επιδόματα ανεργίας, ελάχιστο εισοδήμα, επιδόμα ενοικίασης…)

Θα μπορούσαμε να αναφέρουμε αρκετούς λόγους έτσι ώστε να καταλάβουμε γιατί η κρίση δεν μας έχει αγγίξει ακόμη ολοσχερώς.

Αναντίρρητα η Γαλλία αποτελεί μια από τις δέκα πρώτες παγκόσμιες οικονομικές δυνάμεις. Ήταν ένα από τα ιδρυτικά κράτη της Ευρωπαϊκης Ένωσης και της Ευρωζώνης και έχει κατά πολύ ευνοήσει την Ενιαία Ευρωπαϊκή Αγορά. Κάθως αποτέλεσε στο παρελθόν μια αποικιακή αυτοκρατορία εποφελείται από τα κέρδη της μέχρι και σήμερα. Γενικά, κατέχει μια θέση σρτατηγικής σημασίας στην παγκοσμία οικονομική σκακιέρα. Η Γαλλία επωφελήθηκε της γενικής αναπτυξής μεταξύ του 1945 και 1973. Οι επιχειρήσεις ευημερούσαν κατά τη διάρκεια των «les trenteglorieuses » (των τριάντα ένδοξων ετών) χάρις σε ένα προλεταριάτο άριστης παραγωγικότητας, εκπαιδευμένο και περιθαλπτόμενο από ένα ισχυρό κράτος, με ένα επίπεδο ζωής σε τακτική άνοδο.

Ας προσθέσουμε εδώ ότι με την έξοδο του δευτέρου παγκόσμιου πολέμου δημιουργήθηκαν μεγάλες δημόσιες επιχειρήσεις (όπως AgenceFrancePresseAFP) και άλλες επιχειρήσεις εθνικοποιήθηκαν, γεγονός το οποίο προστέθηκε στις εθνικοποιήσεις του 1936 για να αποτελεσούν έναν κλοιό δημόσιων επιχειρήσιων, συνεπή και επικερδή. Ότι ονομάζουμε φορντιστικό υποσχετικό : η αύξηση των μισθών σε αντάλλαγμα με μια καλύτερη παραγωγικότητα κάθως και η αύξηση της κατανάλωσης (ή αλλιώς η τέχνη του να δίνεις πολλά και να κερδίζεις περισσότερα ) λειτούργησε αποτελεσματικά στη Γαλλία όπου οι συλλογικές συμβάσεις διαπραγματεύονται από κοινού από τα συνδικάτα των εργοδοτών και των μισθωτών ,σε εθνικό επίπεδο. Σ’αυτές τις διαπραγμάτευσεις, τα συνδικάτα πάντα έχουν παίξει το ρόλο των συνεργατών των αφεντικών διοικώντας το εργατικό δυναμικό και ελέγχοντας τους αγώνες. Τελικά, το γαλλικό κράτος κατέχει πολυάριθμα ατού για να υποστηρίζει αυτές τις λειτουργίες. Με κεντρική εξουσία απ’το 16° αιώνα, εξοπλίστηκε με μια ισχυρή και κατανεμημένη σε όλη την επικράτεια διοίκηση και με μια αποτελεσματική αστυνομία η οποία γνωρίζει καλά πώς να δράσει και διαθέτει έναν εξοπλίσμο ακριβείας. Και όλα αυτά, ενώ παραμένει ακόμη και σήμερα ένα κοινωνικό κράτος, ένα κράτος-πρόνοιας.

Παρ’όλα αυτά η Γαλλία δεν είναι το χωρίο τον Astérix και δεν έχει διαφύγει της γενικής κρίσης του κεφαλαίου και των διαδικασιών της αναδιάρθρωσης που αυτή έχει επιφέρει απ’τη δεκαετία του 70. Επιχειρήσεις μεταφέρονται στον εξωτερικό, άλλες μειώνουν το δυναμικό τους ή κλείνουν τις πόρτες τους, 10% του ενεργού πληθυσμού (δηλωμένου) βρίσκεται στην ανεργία στα τέλη του 2011, το κόστος ζωής αυξάνεται πιο γρήγορα απ ’τους μισθούς, και τα επιδόματα όπως και τα έμμεσα εισοδήματα που προέρχονται από τα κοινωνικά οφέλη τα οποία το κράτος-πρόνοιας είχε υλοποιηθεί περιορίζονται σταδιακά, καταστρέφοντας το υποσχετικό του Φορντισμού. Δημόσιες επιχειρήσεις ιδιωτικοποιούνται και οι δημόσιες υπηρεσίες διοικούνται ολοένα και περισσότερο σαν να αποτελούν κέντρα κερδοσκοπίας.

Επομένως απ’τη δεκαετία του 80, οι αγώνες γίνονται όλο και περισσότερο αμυντικοί : δεν αγωνιζόμαστε πλέον για αύξηση των μισθών αλλά για να εξασφαλίζουμε την εργασία μας, το επίπεδο ζωής μας, και καλύτερες συνθήκες απόλυσης. Παράλληλα με αυτούς τους αγώνες διαπραγμάτευσης (με τους εργοδότες και/ή το κράτος), δημιουργούνται συνεχώς αστικές εξεργέσεις όπως οι λεγόμενες « debanlieue » (των προάστιων) του 2005 που ξέσπασαν λίγο – πολύ παντού μέσα στην χώρα με καθημερινές σύγκρουσεις με την αστυνομία, επιθέσεις εναντίον εμπόρων, πλιατσικα, και εμπρησμούς 300 κτιρίων και 10.000 οχημάτων.

Με αυτόν τον τρόπο, το προλεταριάτο μάχεται σε δύο διαφορετικά επίπεδα . Δηλαδή είτε διεκδικεί με τρόπο πολύ αμυντικό είτε δεν διεκδικεί καθόλου αλλά συγκρούεται απ ’ευθείας με την αστυνομία και τις υποδομές του κράτους, λεηλατώντας και καταστρέφοντας τους εμπορικά καταστήματα, γεγονός το οποίο δύσκολα επιφέρει κάποιο αποτέλεσμα.

Οι πιο εβληματικοί αμυντικοί αγώνες είναι εκείνοι που προηγούνται του κλεισίματος ενός εργοστασίου όπως ο αγώνας των εργατών της Cellatex, το 2000. Αυτοί είχαν απειλήσει ότι θα τινάξουν το εργοστάσιο στον αέρα και ότι θα εξαμολύσουν χιλιάδες λίτρα οξυδίου μέσα στο γειτονικό ποτάμο αν δεν λάμβαναν μια αποζημίωση για την απόλυσή τους μεγαλύτερη από 22.000 ευρώ και ειδικές εγγυήσεις για την εκ νέου απορρόφησή τους. Το μέσο πίεσης που χρησιμοποιήθηκε και το οποίο ξαναχρησιμοποιήθηκε από άλλες επιχειρήσεις που βρίσκονται υπό διάλυση τη δεκαετία που ακολούθησε μοιάζει πάνω απ’ όλα εκθαμβωτικό. Το γεγονός ότι αυτός ο τρόπος δράσης σχετίζεται με την βία των καπιταλιστικών επιθέσεων είναι μέρος της γραμμής του συνδικαλισμού διένεξης και των πρακτικών της άμεσης δράσης.

Τα συνδικατά αν και γνωρίζουν πολύ καλά τα ίδια να εφαρμόζουν αυτές τις πρακτικές με σκοπό να υποστηρίζουν τους κατ’ιδίαν στόχους τους, δεν κατορθώναν πάντοτε να ελέγχουν τις κρατήσεις των διευθυντών στα γραφεία, τις βίαιες καταλήψεις και τις διάφορες καταστροφές που προκαλούνται στην αγορά και στον εργατικό εξοπλισμό από μια « εκτός ελέγχου » βάση. Οι πρακτικές αυτές πολλαπλασιάζονται τα τελευταία χρόνια ταυτόχρονα με τα λουκέτα που μπαίνουν σε χώρους εργασίας. Γι’αυτό τα συνδικατά έχουν πολλά προβλήματα με τη δική τους βάση.

Ο τρόπος με τον οποίο λειτουργεί η καπιταλιστική παραγωγικότητα είναι η συνεχής αύξηση των κερδών. Για να μπορέσουμε να ξεπεράσουμε μια κατάσταση κρίσης πρέπει να μειώσουμε ακόμη περισσότερο το παγκόσμιο κόστος εργασίας (αύξηση της παραγωγικότητας, δημιουργίες ζωνών χωρίς φόρους για τις εταιρίες στα φτωχά προάστια, μείωση των φόρων και των κοινωνικών επιβαρύνσεων) και να δώσουμε στην εργασία έναν χαρακτήρα όλο και πιο ευέλικτο και πιο επισφαλή (ωράρια και διάρκεια των συμβολαίων στη θέληση του εργοδότη, αναπληρωματική εργασία, ανάπτυξη της υπεργολαβίας, ανάθεση σε τρίτους και εργαζόμενοι υποχρεωμένοι να δουλεύουν μόνοι τους σπίτι για καποίες εταιρίες…). Συνεπώς, οι διαδοχικές κυβερνήσεις έχουν ως αποστολή να μεταρρυθμίσουν το συμβόλαιο εργασίας και να μειώσουν τα έξοδα που συνδέονται με την αναπαραγωγή του εργατικού δυναμικού (υγεία, εκπαίδευση, συντάξεις και διάφορα επιδόματα).

Στο συμβόλαιο εργασίας μια απ ’τις πιο αξιοσημείωτες μεταρρυθμίσεις αφορά στις συνθήκες συνταξιοδότησης:

Αυτή η μεταρρύθμιση οποία ξεκίνησε το 1993, προκάλεσε το μαχητικό κίνημα του φθινοπώρου του 2010. Από τα τέλη του Μάρτη τα συνδικάτα είχαν ήδη οργανώσει εφτά ημέρες κινητοποίησης και διαδηλώσεων εναντίον αυτής. Τον Οκτώβρη του 2010, ξεκινά μια σειρά από διαδηλώσεις και από καθοδηγούμενες πορείες (οδηγοί και εργαζόμενοι των τρένων και των λεωφορείων, οδηγοί φορτηγών, εργάτες των διυλιστηρίων πετρελαίου, οδοκαθαριστές και υπάλληλοι των δήμων, υπάλληλοι των κυλικείων, εργαζομένοι των παιδικών σταθμών, μαθητές, φοιτητές και καθηγητές..) ,οι οποίες κινητοποιήσεις θα διακρέσουν μέχρι το τέλος του Νοέμβρη.

Η διαμαρτυρία εναντίον της μεταρρύθμισης θα τελειώσει με μια καθολική αποτυχία (και 2.554 σύλληψεις) και η εφαρμογή της θα ακολουθήσει αδιάκοπα την πορεία της. Για πρώτη φορά, ενώ τα προηγούμενα σχέδια μεταρρύθμισης του συμβολαίου εργασίας (όπως για παράδειγμα το « planJuppé » το 1995 ή το « CPE » το 2006 που σημαίνει Πρώτο Συμβόλαιο Εργασίας) είχαν ήδη διακοπεί ή ακυρωθεί υπό την πίεση των αγώνων, αυτή τη φορά το γαλλικό κράτος δεν έκανε καμία υποχώρηση υποδεικνύοντας έτσι ότι κάθε διαμαρτυρία δεν ήταν αποδεκτή.

Οι πολιτικοί στόχοι του κινήματος του 2010 εξαλείφθηκαν κατευθυνόμενοι από τα συνδικατά ,τα οποιά κατάφεραν να κουράσουν τους διαμαρτυρόμενους με 14 ημέρες κινητοποιήσεων μέσα σε 8 μήνες. Αυτό το κίνημα κατάφερε να αποδείξει την αδυναμία του τρόπου με τον οποίο διεξάγονται οι αγώνες και αυτή η αδυναμία γίνεται ακόμη πιο έντονη αν τη συγκρίνουμε με τη βία με την οποία επιτίθεται το κεφαλαιοκρατικό σύστημα πιο έκδηλη σε περιόδους κρίσης φανερά για την προάσπιση μοναχά του κεφαλαίου.

Εν τούτοις, αυτό το κίνημα είδε επίσης να αναπτύσσονται πρακτικές αγώνων πέρα απ’τη άρνηση της μεταρρύθμισης του συνταξιοδοτικού συστήματος στη βάση της παγκόσμιας αγοράς του κόστους εργασίας η οποία περιλαμβάνει όλα τα απαραίτητα έξοδα όχι μόνο πληρωμής των εργαζομένων αλλά και αυτά που σχετίζονται με το πώς θα παραμείνουν παραγωγικοί (υγεία, εκπαίδευση) με το πώς θα επιβιώσουν οι ίδιοι αλλά και με το πώς θα συντηρήσουν την εστία τους. Γι ΄ αυτό το λόγο επηρέασε το προλεταριάτο με τη γενικότερη χρήση του όρου δηλαδή όχι μόνο την εργατική τάξη αλλά και όλες τις ηλικίες και τις δραστηριότητες οι οποίες σχετίζονται άμεσα με αυτήν τη μεταρρύθμιση.

Η απεργιακή δράση γινόταν αυξητικά πιο δύσκολη και προπάντων οι απεργίες με κατάληψη κτιρίων /εργοστασίων καθώς η μακρόχρονη απουσία μισθού ήταν δυσβάσταχτη όπως και ο συνεχής φόβος απόλυσης ή το ρίσκο στο οποίο εναπόκειτο η επιχείρηση απ ΄ την οποία εξαρτιόνταν οι εργαζόμενοι. Επιπρόσθετα, οι περιορισμοί του δικαιώματος στην απεργία καθώς και η ετερογένεια του στάτους εργασίας μέσα σε μια επιχείρηση είναι άλλοι περιοριστικοί παράγοντες. Είναι επίσης αδύνατο για ένα μέρος του προλεταριάτου να συμμετάσχει στην απεργία (άνεργοι, κοινωνικοί βοηθοί, αναπληρωτές, επισφαλείς εργαζόμενοι, εργαζόμενοι στη μαύρη αγορά εργασίας ή χωρίς χαρτιά). Όλοι οι άνωθεν παράγοντες ευνόησαν την ανάπτυξη

  • Πρακτικών που αποκλείουν τις πύλες εισόδου στα διυλιστήρια και στις χωματερές (χωρίς να σταματήσουν τη λειτουργία των μηχανών όπως είναι περίπλοκη και χρονοβόρα). Για παράδειγμα, υπάλληλοι του δήμου ή της περιφέρειας σε άλλους τομείς συγκεντρώνονται για να μπλοκάρουν μια χωματερή της οποίας οι εργαζόμενοι με αυτόν τον τρόπο αποφεύγουν να δηλωθούν ως απεργοί. Οι <<απεργοί>> καλούν ομάδες ή μεμονωμένα άτομα εκτός του χώρου εργασίας να έρθουν να τους υποστηρίξουν, πράγμα το οποίο τους επιτρέπει είτε να συνδέσουν είτε να αποσυνδέσουν την απεργία και το μπλόκο ελεύθερα, ανοίγει τον τόπο εργασίας και την κολεκτίβα των αγώνων σε όλους.

  • <<γενικών διεπαγγελματικών συνελεύσεων >>, αντί και/ή παρα-συνδικαλιστικών γραφείων που ενσωματώνουν συνδικαλιστές ή μη εργαζόμενους, ανέργους, αναπληρωτές, συνταξιούχους, φοιτητές και όσοι εισπράττουν μόνο τα ελάχιστα κρατικά επιδόματα βοηθείας και προσπαθούν να ενώσουν τις κινητοποιήσεις όχι πλέον μόνο στη βάση ενός επαγγέλματος, μιας ειδικότητας ενός τομέα μιας επιχείρησης. Δυστυχώς αυτές οι γενικές συνελεύσεις έχουν συχνά επινοηθεί από ομάδες της ακροαριστεράς, που τους δίνουν ένα νόημα αβαντγκάρντ οργανωτικού χαρακτήρα.

Επιπλέον, ας προσθέσουμε στα παραπάνω φαινόμενα :

  • Το γεγονός ότι αυτό το κίνημα εμφανίστηκε μαζί με μια σειρά από προγενέστερες και/ή παράλληλες διαμάχες με τις οποίες διεκδικούσαν καλύτερο μισθό και συνθήκες εργασίας κυρίως στα πετρελαϊκά διυλιστήρια και σε διάφορες δημόσιες ή παρα-δημόσιες επιχειρήσεις (όπως π.χ έκαναν οι εργαζόμενοι στα νοσοκομεία του Παρισιού, στο μουσείο του Λούβρου, στα δημόσια αρχεία, οι οδοκαθαριστές, οι εργαζόμενοι του λιμανιού της Μασσαλίας..)

  • Την έντονη κινητοποίηση των μαθητών του Λυκείου, οι οποίοι αν και δεν ανήκα ακόμη στην αγορά εργασίας αντέδρασαν στη μελλοντική εκμετάλλευση , με βία όπου χρειαζόταν (π.χ το πλιάτσικο στο κέντρο της Λυόν, η καταστροφή του εμπορικού δικαστήριου της Nanterre στο δυτικό προάστιο του Παρισιού και 800 εμρησμοί κάδων και 70 οχήματων στην Μασσαλία το τελευταίο σαββατοκύριακο του Νοέμβρη)

Μέσα σε αυτό το πλαίσιο εύκολα καταλαβαίνουμε γιατί ξεπρόβαλε το σλόγκαν « Bloquonsl’économie ». Ακόμη κι αν το σλόγκαν δεν ήταν ακραία επαναστατικό, άρα εύκολα αποδεκτό απ΄ όλους (δεν επρόκειτο για το καταστρέφω την οικονομία) δεν αποδείχθηκε τόσο αποτελεσματικό (η γαλλική οικονομία δεν μπλοκάρισε παρά πολύ μετριοπαθώς), το ενδιαφέρον μετατοπίζεται απ ΄ τις εν μέρει διεκδικήσεις προς ένα γενικό μπλόκο της οικονομίας.

Απ ΄ την πλευρά του κόστους αναπαραγωγής του εργατικού δυναμικού, οι μεταρρυθμίσεις αφορούν τη μείωση των εξόδων της υγείας και της εκπαίδευσης και γενικότερα την κερδοφορία των δημόσιων υπηρεσιών, την αύξηση των κοινωνικών εισφορών και των φόρων τη μείωση ή και την εξάλειψη των ελάχιστων κοινωνικών επιδομάτων. Εάν η υιοθέτηση των μεταρρυθμίσεων σημείωνε πρόοδο απ ΄ τη δεκαετία του ΄80 επιβραδύνεται με την κρίση του 2008, κάνοντας την επιβίωση της πλειοψηφίας του πληθυσμού ολοένα πιο δύσκολη και προπάντων εκείνη των επισφαλών εργαζομένων, των <<εφέδρων >> του εργατικού δυναμικού, των υπεράριθμων εργαζομένων δηλαδή εκείνους τους οποίους το κεφάλαιο δεν έχει πλέον ανάγκη. Για τους τελευταίους, η μόνη ευκαιρία να απασχοληθούν είναι στον τομέα της ανεπίσημης οικονομίας, ο οποίος ωστόσο ανήκει στον τομέα της παγκόσμιας οικονομίας.

Αυτή η κατάσταση προϋποθέτει έναν αυξημένο κοινωνικό κρατικό έλεγχο με μία ενδυνάμωση της καταστολής : το κλείσιμο των συνόρων, η καταδίωξη των εργαζομένων χωρίς χαρτιά, οι τυραννικές συνθήκες όσον αφορά στην απόκτηση ή στη διατήρηση των κοινωνικών επιδομάτων ανεργίας, οι περικοπές στο γκάζι και στην ηλεκτρική ενέργεια και διώξεις των ενοικιαστών όλες τις εποχές, η φυλάκιση των νέων που δεν ακολουθούν τη νόρμα… Γίνονται καθημερινότητα και προκαλούν τακτικά αντιστάσεις και εξεγέρσεις των προλεταρίων οδηγώντας στην αύξηση των οικονομικών τους δυσχερειών και σε μία πανταχού παρούσα καταστολή.

Διεθνής Επιθεώρηση για την κρίση – Παρίσι (Φεβρουάριος 2012)

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La crisi – le dinamiche e le passioni che agitano il presente…e il futuro…….

La crisi

le dinamiche e le passioni che agitano il presente… e il futuro…….

In Italia, dove la produzione capitalistica si sviluppa prima che altrove, anche il dissolvimento dei rapporti di servitù della gleba ha luogo prima che altrove. Quivi il servo della gleba viene emancipato prima di essersi assicurato un diritto di usucapione sulla terra. Quindi la sua emancipazione lo trasforma subito in proletario eslege, che per di più trova pronti i nuovi padroni nelle città, tramandate nella maggior parte fin dall’età romana. Quando la rivoluzione del mercato mondiale dopo la fine del secolo XV distrusse la supremazia commerciale dell’Italia settentrionale, sorse un movimento in direzione opposta. Gli operai delle città furono spinti in massa nelle campagne e vi dettero un impulso mai veduto alla piccola coltura, condotta sul tipo dell’orticoltura” Karl Marx, Il Capitale

Partiamo con questa pedante citazione, perché riteniamo importante analizzare la crisi, rompendo fin da subito un tabù, che spesso aleggia nella sinistra rispetto ad un presunto ritardo nel modello di produzione capitalistico in Italia. Questo ha fatto si che ancora oggi si analizzi la crisi, in Italia, considerando determinate organizzazioni sociali come retaggio del passato e non come elementi strutturali e integrati nell’economia politica presente. Pensiamo ad esempio alla valutazione dell’economia criminale (mafia, camorra, ‘ndrangheta), considerata elemento parassitario rispetto ad una economia produttiva sana, valutazione che non coglie il livello di integrazione tra questi elementi.

Ci interessa partire da questo punto perché, come vedremo, c’è da parte dei paladini dell’economia politica di sinistra il tentativo di introdurre una simile apparente contraddizione anche tra finanza e produzione.

Nel dopo guerra il sistema industriale italiano aveva trovato la sua linea di sviluppo nella produzione di beni di consumo durevole, e in particolare automobili ed elettrodomestici a basso costo, e beni di investimento, in particolare per industria ed edilizia.

L’industria è stata largamente sostenuta da investimenti pubblici. Dopo gli anni 50 abbiamo assistito ad un boom legato alle esportazioni, accelerato dalla costruzione dell’unione doganale con gli altri Paesi europei, il MCE (mercato comune europeo) e dall’espandersi della domanda interna di quegli stessi beni.

Il processo di crisi, a partire dalla metà degli anni 70, portò all’interruzione di quel meccanismo di crescita in atto dal dopo guerra che aveva visto come protagonista nelle principali economie mondiali il meccanismo dell’economia mista. Dagli anni 30 il meccanismo dell’economia mista aveva assunto un ruolo principale per lo sviluppo delle condizioni per la prosecuzione dell’accumulazione, intervenendo nel ciclo di accumulazione del capitale in diverse forme, dal modello americano a quello russo, dallo stalinismo alla destra fascista fino alle democrazie post belliche.

In Italia, con la crisi degli anni 70 si mette in moto un gigantesco meccanismo che rende obsoleto il sistema su cui si era retta la crescita e lo sviluppo economico, basato su enti pubblici autonomi (IRI), aprendo inevitabilmente un ciclo di inflazione galoppante e un aumento del debito pubblico.

Le ristrutturazioni della grande industria che ne conseguirono, indicano la fine di un modello di sviluppo, che si è inevitabilmente infranto contro i limiti del capitalismo sovvenzionato dalle politiche keynesiane.

In questa ristrutturazione è possibile vedere anche una certa reattività del capitale nei confronti della lotta operaia che si era sviluppata in quegli anni, tuttavia, riteniamo che da solo questo aspetto non spieghi adeguatamente il passaggio dal ciclo espansivo del capitale agli avvenimenti successivi. La capacità di modificare il cosiddetto “piano” del capitale, per utilizzare una locuzione a noi non troppo cara ma tanto in voga in quegli anni in Italia, va inserita nelle condizioni generali in cui si è manifestata la crisi, che ha colpito un modello di sviluppo del capitale e con esso il conflitto di classe collegato a quella fase.

In altri termini, non riteniamo che la crisi di accumulazione che ha colpito il capitale a partire dagli anni settanta sia del tutto riconducibile allo sviluppo della conflittualità di classe espressa nel periodo precedente, e la ristrutturazione conseguente non era una semplice reazione del capitale al conflitto di classe.

Non vogliamo sminuire quell’importante ciclo di lotte, ma bisogna leggerlo come esperienza diretta di migliaia di proletari in lotta più che avvolgerlo nel mito ideologico.

Troviamo delle affinità con il giudizio postumo di Marx sulla Comune di Parigi: “La ribellione di una sola città in condizioni specialissime, con una popolazione che non era – né poteva essere- socialista. Con un tantino di buon senso in più, sarebbe forse stato possibile raggiungere un compromesso con Versailles favorevole ai comunardi. Ma non si poteva fare nulla di più” Lettera di Marx a F.D. Nieuwenhuis, 1881.

La controtendenza che si avrà subito dopo sarà lo sviluppo e la profittabilità delle piccole e medie imprese, che diventano la spina dorsale dell’intera economia italiana. Siamo nel cosiddetto periodo “del piccolo è bello”. Di fronte alla progressiva diminuzione delle grandi centrali industriali, la cui manodopera viene riassorbita in parte dalle imprese pubbliche (aumentando il debito pubblico), c’è chi apparentemente fa a meno dell’intervento pubblico e si presenta come virtuoso e innovativo Per una ventina d’anni il cosiddetto piccolo è bello copre la scena italiana. Tuttavia fin dal suo momento costitutivo un simile modello rappresenta più una capacità adattiva che propulsiva per l’accumulazione, e rende inevitabilmente marginale il ruolo del capitalismo Italiano rispetto a quello di Stati Uniti, Giappone e altri Stati europei.

Chi vide con la fine della grande industria in Italia una modificazione del sindacato, prima un sindacato di opposizione e ora di gestione, non riuscì a cogliere la vera dinamica sindacale. E’ normale che con la fine dei grandi concentramenti industriali classici, la morfologia del sindacato cambi, sia cambiando la composizione, con un aumento quantitativo imponente dei pensionati e del pubblico impiego, sia aumentando i servizi (caf, patronati ecc…), ma senza mutare la sua funzione. L’idea che possa esistere un sindacato antagonista, una organizzazione che esiste al di là dei processi storici che determinano i rapporti di forza tra le classi, è idealistica. Lo sviluppo e la diffusione dei consigli di fabbrica alla fine degli anni 60 in Italia dimostrò precisamente, come tante altre volte è avvenuto nella storia, che ogni volta che le lotte dei salariati oltrepassano un certo grado di ampiezza e di intensità, devono tendere a costruire forme adeguate alla natura della classe e al grado di socializzazione del processo produttivo. La decadenza di queste nuove forme dipende dal declino delle lotte stesse. Lo stesso declino dei Soviet russi, organismi funzionanti fino ai primi 6-12 mesi dalla rivoluzione, fu causato essenzialmente dal venir meno della partecipazione delle masse, ossia dalla fine del processo di generalizzazione di nuovi rapporti sociali, che possono svilupparsi anche quando non modificano i rapporti di produzione, anche se il loro potere di rottura è sicuramente molto più limitato.

Qualsiasi sindacato deve sottostare alle leggi di mercato e alle fluttuazioni dell’accumulazione di capitale (l’unica vera autentica genuina variabile indipendente) pena l’essere posto fuori gioco dai lavoratori stessi. Va letta in questo senso la differenza che esiste tra una lotta economico-politica e una lotta che rompe con l’economia-politica, dove la differenza non sta nelle forme, ma nell’essere, nella dinamica della lotta di classe stessa, nella capacità di generalizzare nuovi rapporti sociali. In questo senso la scala di valutazione del successo di una lotta viene ad essere rovesciata, in quanto il proletariato è elemento del capitale e solo quando rompe il suo legame con esso sviluppa nuovi rapporti sociali (la mitologia dello stato sociale, della distribuzione equa, ecc… in realtà non hanno nulla a che fare con la critica dell’economia stessa, ma sono per molti versi volano per nuovi cicli di accumulazione). Questo non vuol dire che le lotte sono inutili, ma occorre capire i meccanismi di rottura o integrazione che esse creano nei confronti del capitale.

Tutto questo impianto, piccolo è bello, vide nel meccanismo svalutativo della Lira un volano di questa apparente rinascita, che permise una maggiore ridistribuzione di profitti, ma non annullò i meccanismi di crisi di accumulazione. Inoltre una buona fetta di forza lavoro impiegata in questo settore fu una massa di precari autoctoni e immigrati.

La compressione del salario messa in atto in quegli anni portò certamente un aumento, non eclatante del saggio di profitto, ma questo non riavviò l’accumulazione. L’aumento vertiginoso del debito negli anni 70/80 se si poteva leggere come uno spostamento di denaro a favore dei grandi gruppi finanziari in primo luogo, e poi a favore di ceti intermedi possessori di capitali, diede vita ad una sempre più aspra lotta fra gruppi sociali desiderosi di mantenere almeno le quote già ottenute. L’esplosione della Lega Nord nei primi anni novanta è dovuta a questo meccanismo, favorita anche da una difficile situazione dei lavoratori, dove una parte beneficiava sul piano reddituale di una relativa redistribuzione, ma che in realtà vedeva aumentare la divisione e la concorrenza tra i lavoratori stessi nel suo insieme.

Tuttavia le difficoltà sistemiche rimasero e vennero unicamente spostate nel tempo. Oggi, non tanto paradossalmente, la forza del piccolo è bello viene ad essere descritta dagli spessi apologeti del passato come il limite stesso del sistema, non cogliendo né prima né ora il meccanismo del processo di crisi in atto.

Sul piano politico questo “mondo” vedeva in Berlusconi il suo alfiere, e come sempre la sinistra scambiava un fenomeno di debolezza come un mastodontico mostro invincibile. La sinistra si contrappose a Berlusconi, rimettendo in piedi tutto l’armamentario antifascista e democraticista, tanto da farci parafrasare una vecchia frase di Bordiga: il peggior prodotto del berlusconismo è stato l’antiberlusconismo. L’apparente potenza di Berlusconi, il suo controllo delle TV, la sua onnipotenza, sta lentamente svanendo come neve al sole, di fronte alle scariche telluriche della crisi in atto e oggi viene praticamente ricordato come un vecchio satrapo. La sinistra continua, tuttavia, a descriverlo come il responsabile della crisi in corso, non paga degli errori del passato. Troppo onore per l’ultimo baluardo di b-movie erotici all’italiana…

La crisi, esplosa nell’estate del 2008 rende evidenti le contraddizioni accumulatesi sin dagli anni ’70, e caratterizza tutti i campi del modo di produzione capitalistico. La portata dell’attuale crisi, la più violenta e generalizzata dopo quella del 1929, dipende proprio dall’estensione e dalla profondità di quelle contraddizioni. Le attuali deflagrazioni, infatti, non sono che l’onda lunga di quella crisi internazionale del sistema capitalistico cominciata nel 1974-75.La sua stessa portata planetaria affonda le proprie radici in quei tempi ormai remoti. E’ infatti la stessa crisi legata alla riduzione del saggio di accumulazione, l’unica responsabile del collasso economico in corso. Essa negli anni ha accelerato incredibilmente i tentativi speculativi. Ma quali sono gli indici della crisi? Caduta della produzione industriale, degli investimenti in capitale fisso, del tasso di profitto, aumento dell’esercito industriale di riserva, speculazione finanziaria, crisi debitoria degli Stati e “corsa all’oro”. Tutti indizi di una nuova recessione globale che coinvolge anche i paesi emergenti e che diffonde un senso di panico generalizzato.

Se la crisi trova la sua manifestazione nella forma finanziaria, forma prevalente del capitalismo contemporaneo, la sua sostanza e le sue radici risiedono all’interno dei meccanismi di produzione, e più specificamente nella crisi di profittabilità che si esprime nella caduta tendenziale del saggio medio di profitto. Marx considera così la caduta tendenziale del saggio di profitto: “Questa è, sotto ogni rispetto, la legge più importante della moderna economia politica, e la più essenziale per comprendere i rapporti più difficili. Dal punto di vista storico è la legge più importante. E’ una legge che, ad onta della sua semplicità, non è stata finora mai compresa e tanto meno espressa consapevolmente” K.Marx, Lineamenti fondamentali della critica dell’economia politica.

Siamo in presenza di una profonda differenza tra le vecchie crisi di sovrapproduzione, incontrollabili, ma da cui il capitalismo ancora giovane si liberava spingendosi più in là in nuove crisi, di livello economico sempre più alto, dalla crisi attuale, che viene producendosi in un organismo vecchio, corroso da molti decenni di parassitismo finanziario (esasperato negli ultimi vent’anni). Gli scenari per il futuro non indicano affatto una ripresa, stiamo assistendo piuttosto allo stabilizzarsi di un continuo deterioramento dell’economia mondiale che ha ripreso il trend che ha condotto al collasso della finanza e della produzione del 2007-2009 con ulteriori aggravanti: la crescita dei prezzi delle materie prime, in primo luogo il petrolio, un rallentamento della locomotiva asiatica e le difficoltà di molti Stati europei nel sostenere i livelli di indebitamento pubblico.

La bilancia corrente cinese ha avuto un avanzo del 2,8% del PIL nel 2011, contro un 10,1% del 2007, questo calo è stato dovuto principalmente alla contrazione della domanda europea e statunitense (che ammontano al 40% dell’export cinese).

La condizione dell’Unione Europea in questo scenario mondiale è aggravata dall’ulteriore instabilità finanziaria legata al debito pubblico di alcuni paesi dell’Unione e dalla anomalia valutaria costruita con l’Euro, che esprime un debito pubblico non finanziabile direttamente da una Banca Centrale prestatrice di ultima istanza, alla BCE, infatti, è fatto divieto di acquistare titoli pubblici emessi dagli Stati membri.

Tuttavia le condizioni di debolezza e instabilità Europea non sono causate da ragioni valutarie o di debito pubblico. Quest’ultimo anzi è, in rapporto al PIL, inferiore rispetto ai valori Giapponesi o Statunitensi. Le difficoltà degli Stati a rifinanziare con emissioni di titoli pubblici i deficit di bilancio sono la diretta conseguenza del perseverare della crisi. Gli Stati Europei, addossandosi il debito delle banche private hanno riportato la volatilità dei titoli azionari e l’instabilità del settore finanziario direttamente nel settore dei titoli pubblici. La competizione ha spinto in alto i differenziali dei tassi di interesse fra paesi membri Europei, peggiorando ulteriormente le condizioni di rifinanziamento del debito pubblico di Paesi come Italia e Grecia. Per paesi come l’Irlanda (appartenente al gruppo dei PIIGS) le condizioni del debito pubblico si sono deteriorate a seguito della “statalizzazione” del debito privato, in gran parte causato da disavanzi commerciali con l’estero che, in assenza di adeguamenti valutari, si tramutano in una continua crescita del debito estero. Il capitale, assetato di profitti che non riesce più a ottenere nel settore produttivo per via dell’accumulazione troppo elevata, trova semplicemente nella particolare situazione europea (priva come dicevamo di un prestatore di ultima istanza) un’ulteriore occasione per speculare, tramite, ad esempio, strumenti finanziari come i credit default swap.

Ma l’anomalia valutaria dell’Euro, sia dal punto di vista del finanziamento del debito pubblico sia per come ha agito nel determinare l’indebitamento estero di alcuni paesi come l’Irlanda, costituisce un modo di agire della crisi mondiale per i paesi dell’Unione Europea, non costituendone né la causa né tanto meno una leva su cui agire per favorire la ripresa.

È la crescita che determinerà la sostenibilità finanziaria dei paesi dell’euro, in quanto essa influenza la capacità di ridurre il debito sia in termini assoluti (tramite l’aumento del gettito fiscale) che relativo (aumentando il denominatore del rapporto Debito/PIL.

Il ricorso al credito diventa per il settore non finanziario l’unico strumento per sostenere la crescita. Ma il ricorso al credito è frenato sia dalla necessità del settore bancario di risanare i bilanci, sia dalla tendenza al cosiddetto delevereging del settore non finanziario, cioè dalla sostituzione del capitale di credito con reinvestimento di utili o emissioni azionarie. Nonostante le imprese europee abbiano mostrato una capacità di consolidamento dell’esposizione debitoria, il livello di indebitamento resta storicamente a livelli piuttosto elevati. Questo rende la stabilità economica e finanziaria del settore non finanziario europeo soggetta a rischi legati all’andamento sia dei tassi di interesse che a cali di domanda e dei profitti.

Il dilemma per i manovratori istituzionali si fa ancora più profondo. Un aumento “eccessivo” del credito potrebbe portare a spinte inflattive e al deterioramento della condizione patrimoniale delle banche, un consolidamento patrimoniale delle banche conseguente ad una riduzione del credito ai privati potrebbe rallentare ulteriormente la crescita economica peggiorando i deficit pubblici. In questo caso l’inevitabile ripercussione sui titoli pubblici, posseduti dalle banche, porterebbe ad un conseguente peggioramento dell’attivo del settore bancario che subirebbe la svalutazione legata ai titoli di Stato posseduti.

Il ciclo virtuoso della crescita dell’accumulazione spinta dal capitale di credito si è tramutata in ciclo viziato di un’economia sull’orlo del collasso.

Parlare di ripresa con queste premesse è solo il tentativo scaramantico degli analisti borghesi di esorcizzare il terrore di un repentino ripresentarsi di una crisi finanziaria che colpisca la fiducia nelle banche e negli Stati con conseguenti instabilità economica e politica deflagranti. Intanto si spera che la ripresa “sapientemente” guidata da governi, banchieri e capitani di industria vecchi e nuovi porti ad un nuovo ciclo di crescita.

Resta il fatto che lo stesso Fondo Monetario Internazionale deve riconoscere che “la ripresa attuale per le economie avanzate è la più debole dal dopoguerra”.

Secondo i dati esposti nel World Economic Outlook da parte del FMI, la ripresa dalla crisi attuale rispetto alle precedenti (dall’85 ad oggi) è stata notevolmente squilibrata. Cioè la crescita della produzione è dovuta solo ad alcuni Paesi emergenti, mentre resta al disotto del periodo pre-crisi per i Paesi a capitalismo avanzato. La disoccupazione durante la ripresa non è diminuita, gli investimenti continuano a subire una contrazione, gli unici mercati che sembrano mostrare vitalità sono i mercati azionari che hanno mostrato una crescita del prezzo delle azioni. Più che ripresa economica sembra l’incessante operare del capitale speculativo alla ricerca di profitti slegati dal ciclo reale di accumulazione.

Gli Stati Europei presentano una condizione ancora più severa rispetto ai partners a capitalismo avanzato. Nel 2009 la produzione europea (EU 25 Stati) aveva subito una contrazione del 4,3 %, la crescita su base annua è stata 2 % e 1,5 % rispettivamente nel 2010 e 2011, è prevista attestarsi allo 0,6 % per il 2012. Cioè non si sono ancora recuperati i livelli pre-crisi. L’occupazione nel settore costruzioni dal 2008 al 2011 è caduta di circa il 17%, Il settore manifatturiero ha continuato un declino dell’occupazione dal 1996 riducendosi di quasi il 12 % dal 2008 al 2010. Il settore dei servizi ha un livello di crescita dell’occupazione di 2,8%, inferiore al periodo di pre-crisi. La disoccupazione era del 9,5 ad inizio 2011 ed cresciuta al 10,2 a febbraio 2012 (EU 27).

Questi dati naturalmente riflettono un valore medio che di fatto non esiste aggiungendo ai livelli allarmanti dei dati l’ulteriore costatazione dell’incalzare degli squilibri fra le diverse aree geografiche e della polarizzazione sociale che riflette l’andamento medio degli indicatori statistici.

L’enorme massa di capitali posti all’interno della finanza è l’emblema di un ciclo discendente e non ascendente dell’attuale fase del sistema capitalistico. Pur di sostenere tassi di accumulazione, che la produzione capitalistica non garantisce più da decenni, la forma apparente della valorizzazione del capitale si è riversata nella sfera della circolazione, in cui da denaro si crea apparentemente altro denaro valorizzato. La vita del capitalismo dipende dunque dalla possibilità di iniettare sempre nuovi capitali in ogni attività possibile, in modo da aumentare la produttività; ma è proprio quest’ultima ad accentuare la tendenza alla diminuzione della massa di plusvalore generato e realizzato, in un circolo vizioso.

L’abbassamento del saggio medio di profitto non ha impedito che, attraverso l’utilizzo intensivo del capitale morto (concentrazione e centralizzazione dei capitali), si aumentasse la massa dei profitti, producendo così una situazione in cui una massa di capitali, di varia formazione, vaga per il mercato mondiale alla ricerca di opportunità di profitto di qualsiasi natura. A mano a mano che la redditività cala nei settori produttivi, il capitale produttivo emigra nella sfera finanziaria dove diventa capitale fittizio, capitale investito in titoli di debito/credito (per esempio azioni, bond statali, obbligazioni di imprese private, ecc) o in derivati, e il maggiore flusso di capitale causa un innalzamento dei prezzi di questi titoli.

La divaricazione tra la linea del tasso di profitto e quella del tasso di accumulazione nel grafico, evidenzia l’area di finanziarizzazione dell’economia. Come sempre, più capitale, anticipando ulteriori innalzamenti di prezzi, è risucchiato dai settori improduttivi, più i prezzi di quei titoli scambiati sui mercati finanziari aumentano, e il processo diventa auto-espansivo.

espansione del settore finanziario dopo il 1980 – da Controverses, settembre 2009 (in www.leftcommunism.org)

I profitti fittizi aumentano formando la bolla speculativa. L’incremento dell’uso di strumenti finanziari, che nulla hanno a che fare con la produzione reale, e quindi, con la produzione e l’accumulazione di plusvalore, non rappresenta un’errata deriva del sistema capitalistico dovuta alla scelta di un manipolo di sconsiderati, ma la conseguenza più logica della crisi. La prevalenza della forma finanziario-speculativa del capitalismo non è, dunque, un accidente della storia, ma il risultato dell’impossibilità di una crescita economica reale generalizzata trainata dai profitti.

La possibilità di una rottura effettiva con il capitalismo, e il disvelarsi di una nuova comunità, sta dentro un rapporto di lotta di classe in un contesto oggettivo di limite del capitalismo. Se si elude questo rapporto non si può rompere il meccanismo dell’economia politica e della politica stessa. “Il modo di produzione della vita materiale condiziona, in generale, il processo sociale, politico e spirituale della vita. Non è la conoscenza degli uomini che determina il loro essere, ma è, al contrario, il loro essere sociale che determina la loro coscienza. […] L’umanità si pone sempre solo i problemi che può risolvere, perché, viste le cose da vicino, si trova sempre che il problema stesso sorge solo quando le condizioni materiali della sua soluzione sono in atto o almeno sono in formazione”, K.Marx, Per la critica dell’economia politica.

Già nel primo libro del Capitale Marx, parlando della legge del crollo la pone come “la legge generale dell’accumulazione capitalista”, ma come ogni altra legge, nella realtà concreta, risulta più o meno modificata. Queste modificazioni vengono esposte dettagliatamente nel terzo libro del Capitale, specialmente nella sezione che si occupa della legge della caduta del saggio di profitto. Proprio come la legge di gravità agisce nella realtà concreta soltanto in forma modificata, così è anche per la legge del crollo del capitalismo, che non è niente di più dell’accumulazione capitalista sulla base del valore.

La legge del valore svela ciò che la realtà concreta, il mondo superficiale del fenomeno, occulta: il fatto che il sistema capitalistico debba necessariamente crollare, con la stessa necessità di una legge naturale. Se abbiamo la capacità di astrarre tutte le contraddizioni secondarie di questo sistema, possiamo vedere l’esercizio della legge del valore come legge interna del capitalismo. La legge del valore spiega la caduta del saggio di profitto, un indizio della caduta relativa della massa di profitto. L’accrescersi della massa di profitto può compensare la caduta del saggio di profitto per un certo tempo, ma se in un primo momento la massa di profitto diminuiva soltanto in relazione al capitale complessivo ed alle esigenze di un’ulteriore accumulazione, in uno stadio successivo diminuisce in modo assoluto.

Così espressa la legge della caduta del saggio di profitto diventa l’espressione teorica della necessità del superamento del capitalismo, necessità che non è da intendere come un automatismo, ma che comprende necessariamente l’azione rivoluzionaria. La contraddizione fra valore d’uso e valore di scambio della merce, si esprime come incapacità per il capitale di espandersi e questo suo limite diventa necessariamente un limite per l’intera società. In questo senso per Marx “La causa ultima di tutte le crisi effettive è pur sempre la povertà e la limitazione di consumo delle masse in contrasto con la tendenza della produzione capitalistica a sviluppare le forze produttive ad un grado che pone come unico suo limite la capacità di consumo assoluto della società” Il Capitale III libro. Sovrapproduzione o sottoconsumo (in fin dei conti sono la stessa cosa) sono necessariamente connessi con la forma fisica della produzione e del consumo, tuttavia, nella società capitalista il carattere materiale della produzione e del consumo non assolve al ruolo di poter spiegare la prosperità o la crisi. Per quanto possa apparire illogico, il capitale accumula allo scopo di accumulare. Nel capitalismo la produzione materiale, e così pure il consumo, restano affidati agli individui, il carattere sociale del loro lavoro e del loro consumo non viene regolato direttamente dalla società, bensì indirettamente dal mercato. Il capitale non produce cose, ma valori di scambio, pur non essendo in grado però, sulla base della costituzione del valore, di adattare la sua produzione e il suo consumo ai bisogni reali, se vuole che la popolazione non vada in rovina. Se il mercato non riesce più a soddisfare questi bisogni, allora la produzione per il mercato, la produzione di valore, viene soppressa dalla rivoluzione per far posto ad una forma di produzione la cui regolamentazione sociale non avvenga in maniera mediata sul mercato, ma abbia un carattere direttamente sociale, così da poter essere guidata secondo i bisogni degli uomini. Questo passaggio rimane all’interno del binomio nuova umanità o vecchia civiltà direttamente dipendente dalla contraddizione fra le classi: “Tutti i progressi delle civiltà, ossia del capitale, o in altri termini ogni accrescimento delle forze produttive sociali o, se si vuole, delle forze produttive del lavoro stesso –quali risultano dalla scienza, delle invenzioni, dalla divisione e combinazione, dal miglioramento dei mezzi di comunicazione, dalla creazione del mercato mondiale, dalle macchine, ecc..- non arricchiscono l’operaio, ma il capitale; non fanno dunque che ingigantire a loro volta la potenza che domina il lavoro; accrescono soltanto la forza produttiva del capitale”, K.Marx, Linemaneti fondamentali della critica dell’economia politica.

Dal punto di vista del valore d’uso, la contraddizione tra produzione e consumo nella società capitalista è una vera follia, ma per la produzione capitalista non ha alcun importanza. Nell’ottica del valore, invece, questa contraddizione è il segreto del progresso capitalistico, per cui quanto più grande è il segreto del progresso capitalistico, tanto più grande è la contraddizione, tanto meglio si sviluppa il capitale. Ma proprio per questo motivo l’accumulazione di tale contraddizione deve, in definitiva, arrivare ad un punto tale da condurre alla sua soppressione, dal momento che i rapporti reali di vita e di produzione sono alla fin fine più forti dei rapporti sociali oggettivati. La base ultima di tutte le crisi reali insomma rimane quindi pur sempre la limitazione del consumo delle masse rispetto all’impulso a sviluppare talmente le forze produttive da rendere illimitata la capacità di consumo.

Le contraddizioni del capitalismo nascono dalla contraddizione tra valore d’uso e valore di scambio, contraddizione questa che trasforma l’accumulazione del capitale in accumulazione del depauperamento. Se il capitale si sviluppa dal lato del valore, distrugge anche, nello stesso tempo e in pari misura, la sua propria base, riducendo costantemente la parte dei produttori che beneficiano dei propri prodotti. Non è possibile eliminare in modo assoluto dalla faccia della terra la parte esclusa, sia perché l’istinto naturale di autoconservazione dell’umanità è più forte di una relazione sociale, sia anche perché il capitale può essere tale solo finché può sfruttare i lavoratori, ed è difficile poter sfruttare lavoratori morti….

Non è tuttavia il sottoconsumo, non importa se relativo o assoluto, a provocare l’aumento dell’esercito industriale di riserva e in specifico la massa dei disoccupati, bensì il sottoconsumo insufficiente o la massa di profitto insufficiente, l’impossibilità di intensificare lo sfruttamento nella misura necessaria, la perdita di prospettive per un’ulteriore accumulazione redditizia, questi sono i fattori che provocano crisi e de-integrazione nella classe.

Il plusvalore prodotto è insufficiente a corrispondere ai bisogni dell’ulteriore accumulazione sulla base della produzione di profitto, ecco che non viene reinvestito. Siccome è stato prodotto troppo poco capitale, non può più lavorare come capitale, per cui noi parliamo di sovra accumulazione di capitale. Finché era possibile ingrandire nel modo adeguato la massa del plusvalore affinché bastasse per un’ulteriore accumulazione, non si faceva altro che passare da una crisi all’altra, interrotte da periodi di prosperità. Finché era possibile nei punti pericolosi della crisi incrementare l’appropriazione del plusvalore mediante l’inasprimento dello sfruttamento tramite il processo di espansione, si poteva superare la crisi, ma solo per ritrovarsela riproposta poi ad un grado più alto di sviluppo. Nel punto in cui le tendenze che contrastano il crollo vengono eliminate oppure hanno perso la loro efficacia nei confronti dei bisogni dell’accumulazione, risulta convalidata la legge del crollo. In questo senso l’astrazione di Marx del capitalismo “puro” e la legge del valore si rivelano leggi interne alla realtà concreta capitalistica, leggi che ne determinano in ultima istanza lo sviluppo necessario.

E’ per questo che riteniamo che il contrasto di classe inerente ai rapporti di produzione determina il tipo di lotta di classe e non viceversa. Se da una parte le organizzazioni formali possono accelerare lo sviluppo generale per abbreviare le doglie del parto della società nuova, viceversa possono anche rallentarne lo sviluppo e costruire un ostacolo sulla sua strada. Non riteniamo che la differenza fra le varie organizzazioni possa essere ricondotta ai principi espressi, incluso il principio stesso di volere rappresentare la vera organizzazione classista, contrapposta alle false. Spesso si assiste anche ad una radicalità degli enunciati e di azioni circoscritte che dovrebbero conferire lo statuto di vera organizzazione rivoluzionaria. L’assunto sottostante è sempre lo stesso, una separazione fra pratica rivoluzionaria e movimento di classe, assunto che arriva a definire indispensabile il ruolo delle organizzazioni quando queste si ritengono le depositarie della coscienza di classe.

L’affermazione secondo cui senza coscienza di classe cristallizzata in ideologia sarebbe impossibile una rivoluzione (la litania che spesso si sente: ci sono le condizioni oggettive ma mancano quelle soggettive, il partito, la coscienza, ecc…) circoscrive l’azione rivoluzionaria al contesto concepito dall’organizzazione, che a prescindere da un effettivo svolgersi di un processo rivoluzionario, ha già definito in cosa questo consista. Lo storicismo di queste elaborazioni finisce proprio dove dovrebbe cominciare nel definire il processo rivoluzionario. In un periodo rivoluzionario, necessariamente, coscienza e essere appaiono nella loro unità indistinta all’interno della classe, e dell’intera società, di cui quelle organizzazioni rappresentano ambiti più o meno estesi. Inoltre l’estendersi delle contraddizioni del capitale e il loro superamento non sono unicamente legati alle scelte coscienti di raggruppamenti più o meno estesi, ma al rapporto reciproco fra condizioni oggettive e il loro superamento più o meno cosciente in cui le organizzazioni di classe si trovano a coesistere.

Riteniamo che il ruolo di adattamento delle organizzazioni alle condizioni specifiche storiche, espresse dalla classe nei diversi momenti in cui questa non esprime la necessità di un cambiamento rivoluzionario, hanno portato alla creazione di organizzazioni in grado di gestire l’integrazione del proletariato alle esigenze dell’accumulazione. Questo meccanismo adattivo porta le organizzazioni a sparire (il che include diventare irrilevanti), o ad adattarsi, e in questo caso diventano un limite per lo sviluppo del movimento di classe perché ne esprimono le istanze di integrazione con il capitale.

Anche volendo utilizzare il termine di coscienza di classe, questo non è comunque ideologia, ma rappresenta i bisogni materiali di vita delle masse.

Le stesse forme organizzative, la stessa auto-organizzazione non è che un prodotto del meccanismo sopra descritto, e non è certamente la soluzione perfetta, in quanto anche un auto-organizzazione di proletari non garantisce gli interessi storici di classe che si trova invece sempre dentro al meccanismo soggettivo-oggettivo, in un rapporto dialettico unitario ossia nel rapporto tra lotta di classe e accumulazione del capitale stesso.

In un processo storico concreto la conflittualità espressa dalla classe ha come substrato necessario lo sviluppo di nuovi rapporti sociali che non sono limitati all’ambito vertenziale del conflitto di classe, ma che si estendono a tutte le forme di conflitto e cooperazione poste in essere dalla classe e da raggruppamenti di proletari più o meno estesi.

Questa dinamica appare anche in una piccola lotta quando si sviluppano nuovi rapporti sociali, che sono la ri-scoperta della vita da parte dell’uomo, in questo senso va letta il nostro dare importanza all’esperienza proletaria delle lotte. Dentro ad un processo di de-integrazione del capitale stesso sparisce la dicotomia fra conflitto e mutualismo, forme che si scambiano reciprocamente, perché assumono un connotato diverso. In questo senso partecipare ad una lotta di lavoratori su un posto di lavoro, in una manifestazione che rompe la compatibilità Politica, o occupare edifici, espropriare e distribuire in modo gratuito sono aspetti della medesima dinamica. Se pensiamo ad esempio allo sfascio delle istituzioni pubbliche sociali, allo scollamento tra settori di lavoratori ed enti statali deputati alla gestione della riproduzione di forza lavoro, come nella sanità o nella scuola ecc.. questa dinamica potrebbe creare una reazione che supererebbe la mera difesa del mito dello “stato sociale”, gruppi di lavoratori potrebbero iniziare a porre la gestione diretta di questi aspetti riappropriandosi direttamente delle proprie conoscenze, ma una simile dinamica può avvenire anche su un piano ben più generale se visto in potenza. Non si tratta di riunire proprietà e lavoro, ma di ritrovare un’attività umana, che ha un senso molto più profondo del termine produzione, che non ha limiti nella sua dinamica collettiva. Possono essere la sperimentazione di possibilità diverse da quelle definite dal capitale per il soddisfacimento dei propri bisogni, e che a loro volta mettono in dubbio vecchie necessità e ne inducono di nuove. La possibilità di trovare una coincidenza tra rapporto sociale e rapporto di produzione. Sia il conflitto che il mutualismo sono elementi che servono al Capitale ma in determinati contesti sono elementi di rottura. Debbono essere prese nella loro specificità storica attuale, dove queste attività assumono un connotato di rottura nel loro essere vissute e producendo a loro volta nuove connessioni tra loro.

Man mano che si sviluppano connessioni tra questi momenti di rottura, è inevitabile che si incrini l’apparente legge naturale della produzione capitalista – la legge del valore. Ogni connessione tra questi momenti, tra differenti settori di classe che attuano queste rotture provoca non pochi turbamenti a chi crede eterna la legge del Capitale.

E’ indubbio che la radicalità di simili azioni e dinamiche accresce nel momento in cui viene messo in discussione lo stesso modo di produzione capitalista e lo Stato, che, non bisogna dimenticare, mantiene il monopolio della violenza.

Dal nostro punto di vista questa dinamica rende inefficace sia le corse in avanti, nuovi Principi di Macchiavelli cosi come fughe all’indietro, il neo-primitivismo o il localismo comunitario (non vi può essere nulla al di fuori del Capitale se non dentro un piano di rottura). Si può cogliere la carica critica verso l’economia politica e la politica stessa partecipando a questa dinamica de-integrativa del capitale, al salto quantitativo che diventa qualitativo, quando nuovi rapporti sociali si manifestano. All’interno della de-integrazione, nuovi rapporti sociali possono sovvertire i rapporti di produzione poiché incompatibili con l’accumulazione, spingere ad abbandonare una pratica di compatibilità integrativa del movimento di classe (e delle organizzazioni che continuano necessariamente a esprimerlo) e riuscire ad imporsi come il nuovo fulcro per il cambiamento della società. Questo processo non è la conseguenza di una maggiore consapevolezza del movimento di classe, quest’ultimo segue la capacità della classe di farsi carico di cambiamenti storici rilevanti a seguito della crisi dei rapporti capitalistici che attraversano la società.

In fondo il ruolo, se esiste, dei pro-rivoluzionari è quello di individuare delle tendenze: la storicità del sistema capitalista e delle sue leggi, e il disvelamento dell’affermazione di una nuova umanità che nega il capitale.

In questo senso già un lavoro di connessione e inchiesta tra compagni e compagne di diversi paesi vale molto più di mille appelli alla rivoluzione o alla costituzione di nuove organizzazioni. Il nostro lavoro collettivo, nei suoi limiti inevitabili, è già anticipazione e la sua efficacia non si dimostrerà nel numero di copie vendute, ma nell’effettivo manifestarsi di nuovi rapporti sociali che generalizzandosi e connettendosi, intaccando gli stessi, rapporti di produzione distruggeranno la logica stessa del capitale.

Estate 2012, Italia

Redazione di CONNESSIONI per la lotta di classe

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From Greece : Class struggles in a war-like situation

As general strikes have had less and less participation after 2010 at both private and public sector and precisely because of their total failure to halt the wave of institutional measures which has been imposing an unprecedented depreciation of labour power, struggles emerged on the terrain of the implementation of this devastating attack, that is the separate workplaces at both public and private sector.

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The ‘sovereign debt crisis’ attack unsurprisingly found its immediate target at the public sector. Therefore, the workers at this sector were the first who responded against the wage cuts, the huge slashes in public spending, the dismantling of services and the dissolution of a vast amount of state entities.

Apart from strikes and demos which escalated last October, a wave of sit-in protests at town halls, ministries and public service offices by civil servants in Athens and around the country marked an unusual upgrading of struggle for this particular sector. Workers sealed off the entrance to the social security informatics directorate, as well as the entrance to the housing, interior and development ministries and to the pensions directorate of the General State Accounts Office. These militant practices, which blocked at least temporarily the ‘labour reserve’ plans of the government (whereby 30,000 civil servants were supposed effectively to lose their jobs within months) signalled the awakening of the majority of the chronically lethargic civil servants whose very existence, according to the state propaganda, now constitutes the main ‘structural problem’ of the country.

Municipal workers nationwide occupied local government offices and refuse collectors were on a ten-day protest that included a blockade of the capital’s main landfill site in northwest Athens. The municipalities undergo drastic cuts at the moment, as some of their services (starting with cleaning services) will get privatized and a part of their personnel is going to be dismissed.

On October 12, members of the GENOP union began an occupation of the printing offices of the Public Power Corporation (DEI). As part of new property tax legislation, the DEI billing department was to send homeowners bills for increased property taxes as part of their electricity bills. Although not devoid of populism -they claimed they would not cut off electricity only of those who live in abject poverty, thus undermining the aggressive character of the movement against taxes- and a macho bravado, those unionists’ action slowed down the whole process.

Capitalist crisis proves to be particularly unhealthy for proletarians as the severe cuts in all kinds of health services show: there were about 40% cuts in hospital budgets, understaffing, reported occasional shortage of medical supplies, merges or even closures of hospitals as well as mental institutions and rehabilitation centres. Health workers have responded by continuous strikes or even occupations of the Health Ministry with the last one having lasted for 15 days. An interesting struggle took place in the General Hospital of Kilkis, a town in northern Greece, for some weeks. The general assembly of all health workers (doctors included) decided to occupy the premises and started the retention of work, serving only emergencies until the complete payment for the hours worked, and the rise of their income to the levels it was before the arrival of the troika (EU-ECB-IMF), as they say. They also provided free healthcare declaring that the long-lasting problems of the National Health System (ESY) in the country cannot be solved through limited claims of the health services sector and thus they placed their special interests inside a general framework of political and economic demands against the brutal capitalist attack asking for solidarity from everybody. Though the occupation is over, the unpaid health workers continue the retention of work.

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A series of defensive and sectional struggles at workplaces at the private sector revealed that the Greek industrial capital has already taken advantage of the new institutional framework of the ‘state of emergency’ now ruling in Greece to prop up its profitability or just transfer its own debts and losses onto the workers.

The basic demands around which these struggles evolved were mainly against lay offs, factory closures, removal of machinery and commodities’ stock by the bosses, for due payment and defense of existing labour contracts. Over several months last year numerous struggles appeared of a similar trend. In a steel factory in Volos 100 workers were on strike for a month against its closure and lay offs. In an aluminium factory in a western suburb of Athens, workers were on strike demanding payment due for over a year. Similar strikes with the same demands took place in two other aluminium factories in the same area.

Two milk factories in Attiki and Larissa correspondingly were the terrain of some victories: after just one-day strike in Agno milk factory against lay offs and clashes with the riot cops, the workers got back to their jobs. In Larissa the strike made the bosses revoke both the lay offs and the wage cuts.

In a pharmaceutical factory in Northern Attiki the 330 workers’ struggle was focused on demanding wages due (they had not been paid for months) and rejecting the imposition of intermittent work (once a week). There were also clashes with the riot police when the bosses tried to remove commodities of thousands euros value out of the factory.

The 400 steel workers’ strike at Elliniki Chalivourgia (over 150 strike days) in West Attiki started as a response to 50 lay offs after the bosses’ blackmail to change the labour contract (5 hours a day for a 50% wage cut) had been rejected. The same company owns another factory in Volos, of a smaller productive capacity and with 360 workers who, acting as scabs, work 8 hours a day temporarily to make up for the production of the factory on strike, although, according to the bosses’ plan, their labour contract has changed, too.

It is a struggle ‘adopted’ by PAME through the control of its union. According to the initial strategy, the struggle was presented as having emblematic dimensions for the working class in general, with its possible victory being symbolically a ‘victory for all’ and conversely, its defeat a ‘defeat for all’. What helped build this emblematic character -apart from PAME’s activities and aspirations- was not only the unusually long duration of this struggle but also the unexpected solidarity shown by all political milieus, base unions, neighbourhood assemblies, the workers’ own community or just ordinary people (a solidarity, however, mainly confined to financial support). As time went by and the bosses seemed intransigent, the limits of the stalinists’ tactics imposed on the struggle became obvious: the strike remained stagnant without any prospect either from within –it is indicative of the Stalinist lawfulness that the strikers do not dare to even call their struggle ‘occupation’, let alone seize the means of production for whatever purpose…– or from without. Some solidarity actions were met with reserve and even hostility by the union: ‘All those who believed that they would keep our struggle away from other factories or companies, that they would turn us against the organized class movement, PAME, where we belong and which supports us, now that they failed, they will intervene more openly. They will attack us with slander, lies, terrorism and provocations, in order to weaken our struggle. They have already started doing so in various ways so far. In press announcements, through various events under the pretext of solidarity…’, (from Sifonios’ speech, the head of the union, on January 17, at the strike demo of PAME). In this way political opponents of KKE were held at bay while on this very day (17/1) of an Attiki-wide strike declared by Attiki Labour Centres, the strikers of Elliniki Chalivourgia chose to follow PAME strolling down to the Ministry of Labour leaving all other solidarity strikers take the usual route to Syntagma square. Instead of an ‘escalation’ of the struggle, the strike actually was used by the KKE as another opportunity for its electoral campaign: ‘No dialogue-No retreat-the plutocracy should pay for the crisis-Down with the government of predatory taxes-Elections now-All join the strike on 17/1 and PAME’s demo’, as the announcement of PAME ended.

The use of the steelworkers’ strike as a tool for promoting the stalinist party’s general political line, does leave room for some opportunistic manoeuvre though, as the recent (17/2) warm welcome to the neo-nazi Golden Dawn ‘solidarity delegates’ in the factory by the head of the union showed. Whether the steelworkers are heading for a double defeat –both by the bosses and the stalinists who manipulate a workers’ struggle subordinating it to their political games– or not is a bet that a lot would not like to make…

Mass media were hard hit by the recession: the huge cuts in state subsidies and private money injections led to massive lay offs in newspapers and TV stations.

At ‘Eleftherotypia’, a newspaper identified with the ‘rebirth’ of democracy after the fall of the dictatorship and of a prestige equivalent to the French ‘Liberation’, journalists, administrative personnel and printers went on strike when it became known that the boss intended to file for protection from its creditors under Article 99 of the Bankruptcy Code. The boss claimed credit problems and left the workers unpaid since summer while giving shares to shareholders the previous years. Before December, there had been a series of strikes without any effect and after it the workers published two issues of the paper with the support of the journalists’ union, without however having any definite prospects ahead.

‘Communist’ bosses have been hit by the recession, too. Since December 2010 the administration of the KKE-owned 902 FM radio station /902 TV had started firing non-party member workers without previous notice. What’s worse, when some workers started organizing against the firings, they faced the party’s divide-and-rule tactics pitting them against the party members. Just recently, KKE’s press company, Typoekdotiki, a giant printing company in Greece, which was facing potential closure, filed for protection from its creditors under Article 99 of the Bankruptcy Code. The Code stipulates that employees and other interested parties cannot request or seize assets of a company in trouble until a recovery program is applied and until it gets clear whether the company will continue to exist or will be liquidated. However, it was PAME that condemned such practices of the bosses just almost a year ago. Here is an extract from their daily newspaper, Rizospastis (10-11-2010): ‘The only ones who gain [from the application of this Code] are the employers, since they get rid of those they are indebted to, both suppliers and workers (namely the workers are regarded to be suppliers), safeguarding employers so that they proceed to default on payment to all. Workers lose everything, wages, redundancy payment, insurance money, eligibility for unemployment benefits, while they are blackmailed by employers to leave, taking half the redundancy pay or by being imposed to shiftwork or part-time employment so that the company’s profits can be saved’. So much for workers’ rights and ‘socialized’ means of production, as KKE’s political programme emphasizes!

At a TV station called Alter, its 620 unpaid for months workers proceeded to work retention, brought transmission to a halt and with interventions at the TV frequency in the occupied TV station they presented mainly struggles at various workplaces. This struggle, we must note, is also largely controlled by PAME.

Certain other strikes were effective enough at least in blocking attacks on wage and labour relations: at Vodafone mobile-phone company, the few days’ strike resulted in preventing the change of labour contracts (less hours for less wages). At Notos department chain stores, a 24-hour strike and strike pickets were enough reasons for the bosses to withdraw a new labour contract (less hours for less wages) at least for the moment.

Struggles over wages due are quite often the case in the tertiary sector, too. Hotel workers were on strike in Northern Greece demanding wages due for months and mainly young and unemployed people who took part in the National Census managed to get their wages after a 6-month delay and after self-organized mobilizations (since there was no union for them).

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Apart from workplace struggles and because of the head-on attack on both the production and reproduction spheres, new forms of struggle have flourished mostly organized in neighbourhood assemblies.

These ‘popular assemblies’,1 as most of them are called, have proliferated (over 40 only in Attiki) after the repression and exhaustion of the mobilizations at Syntagma square last August. They attract a growing number of disappointed, conservative voters of the two big (which is highly questionable now, as their legitimacy is fast diminishing) parties, leftists of all kinds, anti-authoritarians and quite ordinary workers or unemployed who are not acquainted with any political procedures and usually frequent the assemblies in the beginning of certain struggles to abandon them later and thus delegate powers to the militants.

Such struggle is the one against a new property tax integrated within the electricity bill which just shows the emergency nature of the capitalist attack we undergo. For a combination of reasons (the struggle is an opposition to the blackmail with the electricity, it expresses certain legal claims of unconstitutionality and it’s a privileged ground for a collective refusal of payments from below), it soon took on the characteristics of a country-wide movement, mainly through neighbourhood assemblies. It is estimated, according to data by the GENOP union (of the Public Power Corporation), that around 30-40% of the households have not paid this particular tax. Faced with this mass indiscipline, the state seemingly retreated while it made a manoeuvre subsuming the tax under the responsibility of the Tax Office and thus it hopes to weaken the movement dispersing it into isolated, fragmented tax-payers. At the moment, they are cutting off electricity at small enterprises or professionals who have not paid the tax and at households that are in arrears with electricity bills for over four months. Moreover, as a response to the movement, the Ministry of Finance is claiming to have purloined money paid for the electricity and channeled it into the payment of the tax instead, which will be a new terrain of struggle.

The responses to the crisis are however varying and not necessarily of an antagonistic character. There has been a growing tendency –mainly within neighbourhood assemblies or ‘citizens’ networks’– of promoting projects of co-operative commodities exchange (usually without the intermediary sellers), service exchange, soup kitchens, self-sustained farming or even local social programmes for unemployed in an era when the welfare state is disintegrating and the social wage is under attack.2 It seems that this self-managed austerity strategy’s boundaries with charities flourishing now in Greece and led by the Church, NGO’s and various well-known capitalists are somehow blurred. This movement will have a long way to go at the expense of a more radical and aggressive class one.

 TPTG (Ta Paidia Tis Galarias), April 2012

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1 Some of them pre-existed the Syntagma square occupation.

2 Particularly for SYRIZA (the Coalition of the Left), such initiatives are promoted under the slogan “No one on their own to face the consequences of the crisis” as a project of an informal welfare state. It may seem similar to alternative self-managed schemes but it is basically the Left programme for a social-democratic welfare state.

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Depuis la Grèce – Luttes de classes dans une situation de quasi-guerre

Dans la mesure où les grèves générales ont connu une participation de plus en plus faible depuis 2010, à la fois dans le secteur privé dans le secteur public, et où elles ont totalement échoué à stopper la vague de mesures institutionnelles qui ont imposé une dépréciation sans précédent de la force de travail, des luttes ont surgi sur le terrain où cette attaque dévastatrice a été mise en œuvre, sur des lieux de travail dans le public et dans le privé.

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L’assaut de la ‘crise de la dette souveraine’ a trouvé sans surprise sa cible immédiate dans le secteur public. Du coup, les travailleurs de ce secteur ont été les premiers à résister aux réductions de salaire, aux coupes massives dans les dépenses publiques, au démantèlement des services et à la dissolution de très nombreuses entités étatiques.

Parallèlement à l’intensification des grèves et des manifs en octobre dernier, une vague de protestations sur le tas des fonctionnaires dans des mairies, des ministères et des services publics, à Athènes comme dans tout le reste du pays, a marqué une montée des luttes inhabituelle dans ce secteur. Les travailleurs ont condamné l’entrée de la direction informatique de la sécurité sociale, ainsi que celles des ministères du logement, de l’intérieur et du développement et de la direction des retraites du Bureau de la Comptabilité Générale de l’Etat. Ces pratiques de lutte qui ont bloqué au moins temporairement les projets du gouvernement de création d’une ‘main d’œuvre de réserve’ (par lequel 30.000 fonctionnaires devaient en réalité perdre leur emploi en quelques mois) ont été le signe du réveil de la majorité des fonctionnaires, en état de léthargie chronique, et dont l’existence même, selon la propagande étatique, constitue à présent le principal ‘problème structurel’ du pays.

A travers le pays, les employés municipaux ont occupé des bureaux locaux de l’administration, et les éboueurs ont mené des actions de protestation pendant dix jours, avec notamment un blocus de la principale décharge de la capitale au Nord-Ouest d’Athènes. Les municipalités subissent actuellement des réductions drastiques puisque certains de leurs services (à commencer par celui du nettoyage) vont être privatisés, et une partie de leur personnel licenciée.

En octobre 2012, des membres du syndicat GENOP1 ont commencé une occupation des bureaux d’impression de la DEI2. Dans le cadre de la nouvelle législation sur les impôts fonciers, le service de facturation de la DEI devait intégrer à la facture d’électricité envoyée aux propriétaires de logement une taxe foncière majorée. Ces actions des syndicalistes, bien que non dénuées de populisme – ils ont déclaré qu’ils ne couperaient pas l’électricité aux seuls foyers vivant dans une misère noire, sapant ainsi le caractère offensif du mouvement contre cette taxe – tout comme d’une certaine bravade machiste, ont ralenti l’ensemble du processus.

La crise du capitalisme se révèle particulièrement malsaine pour les prolétaires comme le montrent les coupes sombres pratiquées dans des services de santé de toutes sortes : budget des hôpitaux réduit d’environ 40%, manque de personnel, constat de pénuries occasionnelles de fournitures médicales, fusion ou même fermeture d’hôpitaux, ainsi que d’institutions psychiatriques et de centres de désintoxication. Les travailleurs de santé ont réagi par des grèves continues, et même en occupant le Ministère de la Santé, la dernière occupation en date ayant duré 15 jours. Une lutte intéressante s’est déroulée sur plusieurs semaines à l’Hôpital Général de Kilkis, une ville du Nord de la Grèce,. L’assemblée générale de tous les travailleurs de santé (y compris les médecins) a décidé d’occuper les locaux et de démarrer une auto-réduction du travail, en ne traitant, ont-ils dit, que les urgences jusqu’au paiement complet des heures travaillées et à la hausse de leur salaire à son niveau d’avant l’arrivée de la troïka (UE, BCE, FMI. Ils ont aussi assuré des soins de santé gratuits tout en déclarant que les problèmes permanents du Système de Santé (ESY) ne pouvaient pas être résolus par des revendications limitées au secteur des services de santé et que, par conséquent, ils inscrivaient leurs intérêts particuliers dans le cadre général des revendications politiques et économiques contre la charge sauvage du capitalisme, face à laquelle la solidarité de tous s’impose. Bien que l’occupation soit terminée, les travailleurs de santé toujours non payés continuent à pratiquer l’auto-réduction du travail.

Une série de grèves défensives et sectorielles dans des entreprises du secteur privé démontrent que le capitalisme industriel grec a déjà tiré parti du nouveau cadre institutionnel de ‘l’état d’urgence’ décrété actuellement en Grèce pour maintenir sa rentabilité ou au minimum pour transférer sur le dos des travailleurs ses propres dettes et pertes.

Ces luttes se sont développées principalement autour de revendications de base contre les licenciements, les fermetures d’usines, l’enlèvement des machines et des stocks de marchandises par les patrons, ainsi que pour le paiement des salaires dus et la défense des contrats de travail existants. Au cours de plusieurs mois de l’année dernière, de nombreuses luttes ont éclaté sur la base du même type de revendications. Dans une aciérie de Volos, 100 ouvriers ont fait grève pendant un mois contre la fermeture de l’usine et les licenciements. Dans une usine d’aluminium d’une banlieue ouest d’Athènes, les ouvriers ont fait grève pour réclamer des arriérés de salaire de plus d’un an. Des grèves analogues autour des mêmes revendications ont eu lieu dans deux autres usines d’aluminium de la même zone.

Deux laiteries, dans l’Attique et à Larissa, ont été le théâtre de plusieurs victoires : après une grève d’une seule journée contre des licenciements à la laiterie Agno et des heurts avec les flics anti-émeutes, les ouvriers ont récupéré leur boulot ; à Larissa la grève a obligé les patrons à renoncer tant aux licenciements qu’aux réductions de salaire. Dans une usine de produits pharmaceutiques du Nord de l’Attique, la lutte des 330 ouvriers a porté principalement sur la revendication du paiement des salaires dus (ils n’avaient pas été payés depuis des mois) et le refus du travail à temps partiel imposé (une fois par semaine). Il y a eu aussi des heurts avec la police anti-émeutes lorsque les patrons ont essayé de sortir de l’usine des stocks d’une valeur de plusieurs milliers d’euros.

La grève de 400 ouvriers de l’acier (plus de 150 jours de grève) à Ellini Chalivourgia, dans l’Ouest de l’Attique, a démarré en réaction à 50 licenciements, suite au rejet du chantage patronal visant à modifier le contrat de travail (5 heures par jour pour un salaire réduit de moitié). La même entreprise possède une autre usine à Volos, d’une capacité de production plus petite et employant 360 ouvriers lesquels, faisant les jaunes, travaillent temporairement 8 heures par jour pour compenser la perte de production de l’usine en grève, bien que leur contrat de travail ait été lui aussi modifié conformément au plan de la direction.

Cette lutte a été ‘adoptée’ par le PAME3, qui contrôle le syndicat. Selon la stratégie initiale, la lutte était présentée comme ayant une dimension emblématique pour la classe ouvrière en général, sa possible victoire étant symboliquement une ‘victoire pour tous’ et, inversement, sa défaite une ‘défaite pour tous’. Ce qui contribuait à fonder ce caractère emblématique – en dehors des activités et aspirations du PAME- n’était pas seulement la durée inusitée de cette lutte mais aussi la solidarité inattendue manifestée par tous les milieux politisés, les syndicats de base, les assemblées de quartier, la communauté ouvrière elle-même ou de simples citoyens (solidarité toutefois essentiellement limitée au soutien financier). Comme le temps passait et que les patrons semblaient toujours intransigeants, les limites imposées à la lutte par les tactiques des Staliniens imposaient sont devenues manifestes : la lutte ne faisait que stagner, sans la moindre perspective aussi bien à l’intérieur – fait révélateur du légalisme stalinien, les grévistes n’ont même pas osé appeler leur lutte ‘occupation’, et encore moins s’emparer des moyens de production à quelque fin que ce soit – qu’à l’extérieur. Plusieurs actions de solidarité ont été accueillies par le syndicat avec une certaine réserve, voire avec hostilité : « Tous ceux qui croyaient qu’ils allaient tenir nos luttes à l’écart des autres usines et entreprises, qu’ils allaient nous retourner contre le mouvement de classe organisé, le PAME auquel nous appartenons et qui nous soutient, ceux-là, maintenant qu’ils ont échoué, vont intervenir de façon plus ouverte. Ils nous attaqueront pour affaiblir notre lutte par des calomnies, des mensonges, du terrorisme et des provocations. Ils ont déjà commencé à le faire de différentes manières : jusqu’ici, dans des communiqués de presse, à travers différents évènements organisés sous prétexte de solidarité… » (extrait du discours de Sinfonio, dirigeant du syndicat, à l’occasion du rassemblement de grève du PAME le 17 Janvier). C’est ainsi que les opposants politiques au KKE4 sont tenus à distance pendant que, le jour même (le 17/1) du lancement d’une grève dans tout l’Attique par les centres du travail5 de la région, les grévistes de Elliniki Chalivourgia choisissent de cheminer derrière le PAME vers le Ministère du Travail, laissant tous les autres grévistes par solidarité suivre l’itinéraire habituel vers la place Syntagma. Au lieu de chercher une ‘intensification’ de la lutte, le KKE s’est en fait servi de la lutte pour sa campagne électorale : ‘Pas de dialogue- Pas de recul- La ploutocratie doit payer pour la crise- A bas le gouvernement des taxes prédatrices – Des élections maintenant- Tous en grève le 17/1 et à la manif du PAME’, ainsi se concluait l’annonce de ce dernier.

La récupération de la grève des ouvriers des aciéries comme instrument de promotion de la ligne politique générale du parti stalinien laisse le champ libre à des manœuvres opportunistes, comme l’a montré l’accueil chaleureux que le responsable du syndicat a fait aux ‘délégués de solidarité’ néo nazis de l’Aube Dorée venus récemment(le 17/2) à l’usine . Que les travailleurs de l’acier aillent ou non vers une double défaite – face aux patrons comme face aux staliniens qui manipulent une lutte ouvrière en la subordonnant à leur jeux politiciens – c’est un pari que beaucoup aimeraient mieux éviter…

Les media ont été durement frappés par la récession : les énormes réductions de subventions publiques et d’injections de capitaux privés ont provoqué des licenciements massifs dans les journaux et les chaînes de télévision.

A ‘Eleftherotypia’, journal symbole de la ‘renaissance’ de la démocratie après la chute de la dictature jouissant d’un prestige équivalent au journal français ‘Libération’, des journalistes, des employés administratifs et des imprimeurs se sont mis en grève lorsqu’ils ont appris l’intention du patron de se protéger de ses créanciers en demandant l’application de l’article 99 du code des faillites6. Le patron invoquait des problèmes de crédit pour laisser les travailleurs sans salaire depuis l’été, alors qu’il avait distribué des parts aux actionnaires les années précédentes. Avant le mois de décembre, il y avait eu une série de grèves sans aucun effet, après quoi les travailleurs ont fait paraître deux numéros du journal avec le soutien du syndicat des journalistes, sans avoir pour autant de perspectives précises pour la suite.

Les patrons ‘communistes’ ont eux aussi été touchés par la récession. Depuis décembre 2010, la direction de la station de radio 902 FM et de la chaîne télé 902 appartenant toutes deux au KKE a commencé à virer sans avis préalable les travailleurs qui n’étaient pas membres de celui-ci. Pire encore, lorsque certains travailleurs ont commencé à s’organiser contre les licenciements, ils se sont trouvés confrontés à la stratégie du diviser-pour-régner du parti qui les opposait aux membres de ce dernier.

Très récemment, l’entreprise de presse du KKE Typoekdotiki, géant de l’imprimerie en Grèce, a été menacée de fermeture et s’est mise sous la protection de l’article 99 du code des faillites vis-à-vis de ses créanciers. Ce code stipule que les employés et les autres parties concernées ne peuvent pas demander la saisie ou saisir les biens d’une entreprise en difficulté avant la mise en application d’un plan de redressement et que soit clairement déterminé si l’entreprise va continuer d’exister ou sera mise en liquidation. Et pourtant, c’est le PAME qui condamnait de telles pratiques patronales il y a même pas un an. Voici un extrait de son quotidien, Rizospastis, en date du 10/11/2010: ‘Les seuls qui ont à gagner (à l’application de ce code) sont les employeurs, puisqu’ils se débarrassent de ceux auprès desquels ils sont endettés, fournisseurs et travailleurs (c’est-à-dire que les travailleurs sont considérés comme des fournisseurs), ce qui protège les employeurs qui peuvent alors se cesser de régler leurs dettes à qui que ce soit. Les ouvriers perdent tout, salaires, primes de licenciement, indemnités d’assurance, droit aux prestations de chômage, parce qu’ils se trouvent soumis à un chantage patronal visant, pour préserver les profits de l’entreprise, à les faire démissionner avec la moitié de leur prime de licenciement ou à leur imposer un travail posté ou à temps partiel». Et tant pis pour les droits des travailleurs et la ‘socialisation’ des moyens de production, sur lesquels le programme politique du KKE met l’accent !

Dans une chaîne de télé nommée Alter, les 620 employés, non payés depuis des mois, se sont mis à auto-réduire leur travail, ont interrompu la diffusion et sont intervenus sur le canal de leur station occupée, essentiellement pour présenter les luttes dans différentes entreprises. Leur lutte, il faut le noter, est aussi en grande partie sous le contrôle du PAME.

D’autres grèves ont au moins réussi à faire obstacle à des attaques menées contre les salaires et les relations de travail : à l’entreprise de téléphonie mobile Vodaphone, une grève de quelques jours a pu empêcher la modification des contrats de travail (moins d’heures de travail pour moins de salaire) ; dans la chaîne de grands magasins Notos, une grève de 24 heures et des piquets de grève ont suffi pour que les patrons abandonnent un nouveau contrat de travail (là aussi, moins d’heures pour moins de salaire), du moins pour l’instant.

Des luttes pour le paiement des arriérés de salaire surviennent aussi assez souvent dans le secteur tertiaire. Les employés de l’hôtellerie se sont mis en grève dans le Nord de la Grèce pour réclamer les salaires dus depuis des mois. Les gens qui avaient participé au recensement, pour la plupart jeunes et chômeurs, ont réussi, suite à des mobilisations auto-organisées (puisqu’il n’existait pour eux aucun syndicat), à toucher leurs salaires au bout de 6 mois).

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A côté des luttes dans les entreprises et en raison de l’attaque frontale dans les deux sphères de la production et de la reproduction, se sont développées de nouvelles formes de luttes, la plupart du temps organisées en assemblées de quartier.

Ces ‘assemblées populaires’7, comme se nomment la plupart d’entre elles, ont proliféré (plus de 40 dans la seule région de l’Attique) après la répression et l’épuisement des mobilisations sur la place Syntagma en août dernier. Elles attirent un nombre croissant d’électeurs conservateurs déçus des deux grands partis (dont l’hégémonie se trouve largement mise en cause aujourd’hui en raison de leur perte rapide de légitimité), des gauchistes de toutes sortes, des anti-autoritaires et des ouvriers ou des chômeurs tout à fait ordinaires, qui ignorent à peu près tout des mécanismes politiques et fréquentent souvent les assemblées au début d’une lutte pour les lâcher ensuite, délégant ainsi le pouvoir aux militants.

Une des luttes de ce type a été menée contre la nouvelle taxe foncière intégrée à la facture d’électricité, mesure qui montre clairement le caractère d’urgence de l’attaque capitaliste que nous subissons. Pour un ensemble de raisons (la lutte constitue une résistance au chantage à la fourniture d’électricité, fait valoir certaines revendications juridiques d’inconstitutionnalité et constitue un terrain privilégié pour un refus collectif de paiement venu de la base), cette lutte s’est rapidement transformée en un mouvement national, principalement via les assemblées de quartier. Selon les données du syndicat GENOP (celui de la DEI)8, 30 à 40% des foyers environ n’auraient pas payé cette taxe. Confronté à cette insoumission de masse, l’Etat a ait mine de battu en retraite tout en manœuvrant pour confier la responsabilité de cette taxe à la Perception des Impôts, dans l’espoir qu’une telle fragmentation du mouvement en autant de contribuables isolés réussirait à l’affaiblir. Pour l’instant, on assiste à des coupures d’électricité dans des petites entreprises ou chez des professionnels n’ayant pas payé la taxe, et dans des foyers qui ont un retard de paiement de plus de quatre mois de de leur facture d’électricité. Par ailleurs, en guise de réponse au mouvement, le Ministère des Finances déclare avoir détourné de l’argent versé en règlement de l’électricité au profit du paiement de la taxe foncière, ce qui va constituer un nouveau terrain de lutte.

Les réponses à la crise sont cependant variables et n’ont pas nécessairement un caractère antagoniste. Il y a une tendance croissante –surtout dans les assemblées de quartier et les réseaux ‘citoyens’- à promouvoir des projets de coopératives de troc de biens (généralement sans vendeur intermédiaire) et d’échanges de services, de soupes populaires, d’agriculture auto-suffisante et même de programmes sociaux locaux pour les chômeurs, ceci à une époque où l’état-providence se désagrège et le salaire social se trouve attaqué9. Il semble que les frontières soient quelque peu brouillées entre cette stratégie de l’austérité autogérée et les actions caritatives, qui fleurissent actuellement en Grèce, menées par l’Eglise, les ONG et diverses organisations capitalistes notoires. Ce mouvement a encore une bonne marge de manœuvre devant lui au détriment d’un mouvement de classe plus radical et offensif.

TPTG10,  Avril 2012.

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1 Fédération générale des employés des compagnies publiques d’électricité (NDT)

2 Entreprise de fourniture publique d’électricité (NDT)

3 Front Militant des Travailleurs, syndicat lié au Parti Communiste

4 Parti Communiste de Grèce(NDT)

5 Les centres du travail sont les organismes de liaison des syndicats de base (NDT)

6 Dispositif du code sur les faillites qui protège les entreprises de leurs créanciers (NDT)

7 Certaines préexistaient à l’occupation de la place Syntagma

8 Voir NDT page 1

9 Particulièrement dans le cas de Syriza (la Coalition de la Gauche), des initiatives de ce genre sont encouragées avec le slogan : « Personne ne doit affronter seul les conséquences de la crise » en tant que projet d’un état-providence informel. Cela peut ressembler aux principes de l’autogestion alternative mais il s’agit en fait du programme de la Gauche pour un état-providence social-démocrate.

10  Ta Paidia Tis Galarias, en Français “Les Enfants du Paradis” (en référence au film de Marcel Carné) NDT

 

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Why talk of “crisis?”

We want to attack a certain discourse, the dominant discourse of the crisis, which explains to us that its causes lie in bad, finance capitalism. We think the financial crisis is just a symptom of another. In reality what’s at stake is a crisis in capitalism itself. The consequences of this crisis will be terrible, but they might also put capitalism into question—or rather, become the occasion to do so—down to its very foundations.

From the far right to the far left, you hear the same discourse everywhere: the “real economy” is a healthy thing, it is even healthy—it’s just that the finance sector has gone completely out of control and endangers everything.

In more overtly conspiracist variants, the crisis is just a pretext, the machination of capitalists and investors who are doing better than ever. In fact, these big liars have a treasure-trove, well-hidden, that we must locate! and afterwards redistribute to the poor! Thus, on the left and the right, everybody reclaims the elimination of tax havens! Find the hidden money, re-inject it into the State and its programs…

The discourse varies, too, depending on whether one blames the investment bankers, the investors, or the rating agencies—which amounts to blaming the thermometer for the fever. But above all, “it’s finance’s fault—plus the national debt.” “How to Confuse the Symptom and the Disease.”

It is impossible to separate good, productive capitalism from bad, finance capitalism. There isn’t, on the one hand, an economy that produces wealth, and on the other, a virtual economy, a parasitic finance sector; these are two faces of one reality. Since its beginning, the capitalist economy has been unable to function without finance, without credit, stock exchanges, speculation.

Our national managers are making fun of us when they call for more strict regulation of speculation, because the whole system, in its present phase especially, needs speculation and credit. The causes of the crisis aren’t on the side of speculation, nor on the side of debt. The recent financial tumbles—the subprime crisis, the sovereign debt crisis, the rating agencies, the threat of bankruptcy of states—are just the expression of a crisis in capitalism itself.

Basically, capitalism is confronted by a recurrent contradiction: on the one hand, it must diminish (or anyway, limit) salaries in order to keep overhead low and maintain high profits. On the other hand, consumers must have enough revenue to buy the commodities produced.

After World War II, in Western Europe, North America (minus Central), and Japan, rapid expansion of the economy made it possible to minimize or postpone the negative effects of this contradiction. Salaries went up, but production grew even more. Many sectors that weren’t previously part of capitalist production or consumption were incorporated, just as today education, health, or security are being “privatized.” Through industrialization and mass production, a swarm of products, at lower prices, was offered to the proletariat without relinquishing profits. In order to develop productivity in this way, it was necessary that consumerism invade all of society: advertising, manipulation of desire, production of a mass of crap to satisfy socially created needs.

Elsewhere, what was then called the third world was maintained under colonial or post-colonial domination, which permitted the exploitation of its raw materials.

Everything changed since the crisis of the 1970s and the restructuring of capitalism it provoked. The outsourcing of industries and services have allowed the cost of labor to be lowered globally. Consumption has been maintained by the development of credit, in the form of both private debt and public spending (thus public debt). But the system is short of breath, as the crisis, begun in 2007, has demonstrated. Not even a massive expansion of sovereign debt has been able to overcome the crash of 2008. This expansion of debt, which will be impossible to pay off, is the concrete expression of an impasse. The public debt crisis in Europe and the prospects of a Greek default, now very real, are the proof. Finance is not the cause of the crisis; finance is, on the contrary, what has permitted capitalism’s recurrent contradiction to postpone its explosion for so long.

Today, this contradiction strikes states in the form of a budgetary crisis and diverse austerity programs. All over Europe, it is explained to us that we’re above our means, that we are going to have to work harder and tighten our belts. In this situation many are turning towards the state, hoping that it will impose limits on the “excesses of the market.”

“With more State to regulate finance, we will be able to construct a more social and more prosperous economy.” But the anti-liberal solution meets an obvious obstacle[1]: the state isn’t opposed to the sphere of the economy. Its relation to the economy is one of total interdependence. The reason is simple: it needs money to finance its own projects. Economic downturns limit and suffocate the State. With the loss of its financial means, the State is reduced to the management, always more repressive, of poverty.

States today have a choice between two politics: draconian austerity or monetary creation, that is, printing more money. The first leads to violent recession, the second the the explosion of uncontrollable inflation.

Unemployment increases; poverty, and barbarism too, threaten to spread dramatically, maybe punctuated by a couple phases of economic recovery.

But what’s the use of this disillusionment? Why hammer on the fact that the crisis that started in 2008 might get worse? Why are we so happy about it, when we’ll suffer its consequences later, and we’ll be the first ones affected? Capitalism has shown itself perfectly capable of overcoming crises up to now; what threat could a crisis pose to a system whose state has been “permanent crisis” up to now?

In fact, there’s no contradiction between saying that the crisis has grown deeper these last years and saying that capitalism is, in a way, a permanent crisis: the crisis can be analyzed at once as a mode of ordinary functioning of capitalism and something that potentially puts in question its very existence. Capitalism is that game that includes its contradiction in its own rule, and which, therefore, could tend towards its own abolition. But it’s up to the class struggle, it’s up to us to do it.

This crisis might be resolved the traditional ways, which have worked before in similar contexts: war(s), massive destruction of the means of production and of the labor force. It might also turn out to be a much longer process of continual impoverishment for the majority of us, punctuated now and then by desperate explosions, conflicts of all against all (competition between groups, racism…)

But one could also think that, during a prolonged and serious crisis, social automatisms and habits weaken and disappear. People might be in a position to question what they had considered natural or inevitable up till then. Crises are potentially moments in which capitalism is put in question.

So why does this analysis, which is basically the only one that our recent crisis confirms, get so little attention? Why is it so difficult to admit today that our system is out of breath? Above all it’s that nobody can really imagine the end of capitalism. Even the idea is cause for panic. Everyone thinks she has too little money, everyone feels threatened. But it’s money itself,  the commodity itself, work itself, property itself, the State itself, that we must attack.

The passing of this society represents such a shock that it’s not lightly imagined. But we aren’t condemned to try to save the economy that stumbles and, stumbling, crushes us. We can contribute to its disappearance. Not out of nihilism, but for a world without State and without classes, a world for all, without exploitation, without domination.

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[1]  Critics of deregulation dream of going back to a state that protected them from capitalism. But it can’t protect them, because its function is to assure capitalism’s good functioning. In these conditions, their politics leads basically to new forms of economic patriotism, protectionist measures, attempts to hinder outsourcing, if not to outright nationalism.

International bulletin about crisis – Paris

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Réunion élargie de la Revue Internationale Sur la Crise

Prochaine réunion élargie de RISC (Revue Internationale Sur la Crise – Paris) le vendredi 1er juin 2012 à 19h au 43 rue de Stalingrad, métro Croix de Chavaux, Montreuil.

Pour discuter des perspectives pratiques liées au projet (diffusion des textes, traductions, luttes).

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